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Ernst Lubitsch, fan de l'adultère

Ernst Lubitsch, fan de l'adultère

Le show de l'adultère.

Par Jean Rouzaud

Le cinéaste américain d’origine allemande, Lubitsch, fut le roi de la comédie hollywoodienne à grands spectacles, des décennies 30 et 40. Il a fait ses armes en Allemagne comme comédien, comique, puis réalisateur. Demandé par Mary Pickford*, il va tenter l’Amérique.

Il ne tournait qu’avec les plus grandes stars de l’époque : Douglas Fairbanks, Greta Garbo, Marlene Dietrich, Gary Cooper, James Stewart, Claudette Colbert, Gene Tierney, Betty Grable... Liste infinie de stars rétros dans la lignée du pur glamour hollywoodien.

Les hommes sont toujours des play-boys à fines moustaches, gominés et en tenue de soirée et ces dames scintillent de paillettes et bijoux, de fourrures et de strass…Tous ont l’air de sortir d’une boite.

Je caricature à peine : ayant fuit l’Europe après le première guerre mondiale, Lubitsch voulait éblouir, oublier et s’amuser. Et ça a fait « tilt » en Amérique, puis en Europe.

Il travaille avec les meilleurs scénaristes et va lancer Billy Wilder mais aussi Otto Preminger… ( ses compatriotes allemands). Il produira également Joseph Mankiewicz.

Sa touche de sophistication, les dialogues enlevés et pétillants d’humour et de double sens, l’élégance absolue des personnages, tout cela va imposer le style Lubitsch, et les oscars vont pleuvoir.

La plupart de ses films sont inspirés de pièces de théâtre, et surtout d’auteurs hongrois qu’il adore. C’est en quelque sorte du boulevard chic adapté et boosté par Hollywood.

 

 

Enfin, Ernst Lubitsch est le chantre de l’adultère : il trouve dans le couple à trois le sommet de la vie. Un mari inquiet, une femme hésitante, et un prétendant acharné : voilà son brelan d’as.

On se demande même comment il a pu baser TOUS ses films sur cet éternel thème : les femmes volages mais calculatrices, les pièges et ruses de la jalousie, du refus simulé, du regain d’intérêt, du faux désespoir, des arguments mensongers… 

C’est comme du théâtre de boulevard, mais en moins tonitruant. Il redéfinit sans cesse les règles de la tromperie, la décline dans tous les genres, lieux, époques, situations et même si elle n’a pas lieu, on fait croire qu’elle a eu lieu !! Coucheries discrètes, chics ou inventées, et pimenter la vie à tout prix !

Pendant plus de deux décennies, il va aligner ces comédies amoureuses en pressant comme un citron toutes les possibilités de l’adultère : dramatique ou comique, mystérieux ou burlesque, absurde ou calculé.

Ajoutez décor, costumes et surtout musique ! Sa deuxième passion : pas de drague et de regards sans violons, pas de baisers sans pianos. 

Il a trouvé en Amérique le théâtre parfait du petit univers qui l’obsédait : les riches, la jet set, les people… aux prises avec le désir, la jalousie, la concurrence. Ils deviennent alors comiques, pathétiques, ridicules .

« L’être le plus digne est ridicule au moins deux fois par jour » disait-il.

Et voilà comment cet illusionniste s’est moqué perpétuellement de ceux qui faisait sa fortune. Conséquence : il peine encore à être considéré comme un cinéaste dit « sérieux ». 

* On oublie trop que Mary Pickford avec son compagnon Douglas Fairbanks et Charles Chaplin ont créé la UNITED ARTIST, grâce à leur succès mondial.

 

La plupart des films de Lubitsch ressortent en vidéo (BAC vidéo , avec bonus. DVD Zone 2. FNAC …) en ce moment .