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Des tentes à perte de vue, de l'eau stagnante : c'est un sacré merdier

Des tentes à perte de vue, de l'eau stagnante : c'est un sacré merdier

Matthieu Delmas est allé photographier un camp en Syrie, il nous raconte son expérience.

Par Milena Peillon

Matthieu Delmas a 25 ans, étudiant à l’école de journalisme de Bordeaux il est parti en Turquie, appareil photo en main, dans l’espoir d’obtenir des clichés des camps de réfugiés syriens. C’est finalement en Syrie, dans le camp de Bab al Salmah où s’entassent 17 000 réfugiés originaires d’Alep, que Matthieu a atterri grâce à l’aide d’humanitaires présents sur place. Il raconte son expérience à Radio Nova.

Pourquoi avoir eu cette idée de voyage en Turquie et Syrie ?

Je suis étudiant à l’école de journalisme de Bordeaux et je voulais travailler sur les réfugiés. Depuis Bordeaux, j’ai fait de l’auto-stop jusqu’en Bulgarie. Là-bas j’ai visité le camp « Montevideo », où il y a des réfugiés de toutes nationalités ; des Syriens, Africains, Irakiens, Kurdes. J’ai poursuivi mon voyage en train jusqu’en Turquie à Istanbul. Toujours dans l’idée de voir des camps, j’ai pris le bus jusqu’à Kilis, une ville frontalière avec la Syrie. 

Je n’ai pas réussi à entrer dans les camps de réfugiés syriens car les policiers et militaires turcs qui les encadrent ne laissent pas entrer les journalistes ou les étrangers. 

Comment as-tu fait pour entrer dans le camp de Bab al Salmah ?

Il a fallu que je reste une semaine à Kilis, à la frontière syrienne, pour rencontrer des gens de confiance avec qui je pourrais aller voir le camp. Là, j’ai rencontré pas mal de réfugiés qui m’ont orienté vers le docteur Ali, médecin généraliste qui vient d’Alep. Il fait partie d’une ONG qui s’appelle Time4Life. J’ai intégré le camp grâce à lui. Cet homme est un héros. Il va dans les tentes de chaque famille, collecte de l’argent grâce à l’ONG, et le redistribue aux réfugiés. Il choisit volontairement de rester en Syrie alors qu’il pourrait exercer dans un autre pays. Dans le camp de Bab al Salmah il a une « clinique » mais c’est plutôt un conteneur dans lequel il a des médicaments. 

 

Qu’est-ce que tu as vu dans ce camp ?

J’ai passé une journée dans le camp, accompagné du docteur Ali, sans lui je n’aurais pas pu passer la frontière. 17 000 personnes vivent là, il y a des tentes à perte de vue et un mur d’enceinte qui entoure le camp, avec des tourelles pour surveiller. Il y a des problèmes d’évacuation des eaux. De l’eau verdâtre stagne dans les fossés.

C’est un sacré merdier, les enfants sont partout, beaucoup sont blessés notamment une petite fille défigurée à l’acide. Je veux que les gens voient cette gamine défigurée. 

 

Comment on se sent face à de telles scènes d’horreurs ?

Je me suis senti mal, on vit dans un monde atroce, c’est pas normal de voir des humains vivre dans des conditions pareilles. J’ai vu des gosses quadri-amputés. J'ai ressenti beaucoup de colère. 

A 25 ans, et alors que les quatre otages retenus en Syrie viennent à peine d’être libérés, on se pose la question avant de partir, tout de même ?

Bien sûr que j’ai eu peur de rentrer en Syrie, c’était dans ma tête à chaque instant. Il y a deux mois j’avais effectué un voyage en Egypte où j’avais rencontré des correspondants de grands journaux internationaux. Ils m’avaient mis en confiance, c’est un petit milieu, c’est gens là n’ont pas froid aux yeux. 

Après ce voyage qu’envisages-tu de faire ?

Grâce au docteur Ali, j’ai rencontré l’ONG italienne Time4Life International. J’ai réalisé plus de 800 clichés que j’aimerais exposer pour récolter de l’argent pour les réfugiés syriens.  Le but serait aussi d’organiser des expos dans les écoles de journalisme. 

Vous pouvez faire des dons pour l'ONG ici. 

 

© Matthieu Delmas. Syrie. Camp de réfugié de Bab al Salmah.