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Orson Welles à Essaouira

Orson Welles à Essaouira

Le Maure de Venise, "Othello", ressort en salles !

Par Jean Rouzaud

Orson Welles reste un génie insurpassable du cinéma.

Avec « Citizen Kane » en 1939, il s’attaque au magnat-tyran de la presse : William Randolph Hearst, tout en le rendant mythique. Film sur l’opulence et le pouvoir dans un style rétro-gothique.

En 1947, il tourne le polar magique « La Dame de Shanghai » avec sa femme : Rita Hayworth, dans un style exotique sino-caribéen, avec voiliers, villas, îles et théâtre chinois. Il transforme la plus belle rousse de Hollywood (qui épousera ensuite l’Aga Khan) en blonde platine.

En 1948, il booste Shakespeare avec son «Macbeth», qui ressemble à Gengis Khan, sous ses propres traits, comme Hearst ressemblait à un riche WASP (White Anglo Saxon Protestant), et le marin de la « Dame » à un parfait héros de Conrad. Welles caméléon de ses rôles…

En 1949, avec bouc et fond de teint sombre, il se lance dans Othello.

Shakespeare encore, qui doit se passer à Venise et à Chypre. Mais Orson Welles le visionnaire, et aussi l’opportuniste, découvre Essaouira, le Maroc Atlantique, les pierres, le vent de son décor.

L’ancienne Mogador, qui connaissait le secret de la pourpre, fabriquée à partir de coquillages pour teindre les toges, des cardinaux et des princes. Cité artificielle créée en 1760, et fortifiée par un français, elle offre à Welles créneaux, murailles, passages, port, palais, colonnes et ampleur du style opéra-renaissance qu’il veut atteindre cette fois.

Le grand décorateur Alexandre Trauner y fait merveille : gigantisme, ombres portées, voutes majestueuses, colonnes immenses, murailles jusqu’au ciel, allées interminables, et même une citerne médiévale, trouvée au Portugal à El Jadidas, pour tourner entre murs et eaux ! 

Ce film, comme un échiquier, va voir les pions valser : changement de producteur, puis Welles change d’acteurs, il finit par trouver son Iago et sa Desdémone : la canadienne Suzanne Cloutier, parfaite avec sa résille pleine d’une masse de cheveux blonds, jusqu’aux cuisses !

Clairs-Obscurs, cadrages à la hache, contre-plongées, travellings fous, caméras obliques et jeux d’ombres, perspectives accentuées… on sort saoulés de plans larges immenses, puis de gros-plans ou l’on semble toucher la peau des personnages, plus grands que nature. 

Welles y est Othello : le général maure glorieux, bon, fort comme un roi, sage et beau, adoré de Desdémone, fille d’un riche doge vénitien, ce qui va déclencher une cabale raciste contre cet arabe trop parfait et noble. 

Welles devra aller tourner « Le Troisième Homme » pour payer ce tournage interrompu faute d’argent. Ce n’est qu’en 1952 que sortira Othello et aura le grand prix du Festival de Cannes, et en 1955, la sortie américaine retravaillée. 

En 1966, Orson Welles réaffrontera Shakespeare avec le merveilleux « Falstaff », mais « La soif du Mal »( tourné au Mexique), « Mister Arkadin »( dans toute l’Europe), « Le Procès »( dans la gare d’Orsay !) achèveront de le faire entrer dans la légende du plus beau cinéma :

Epique, héroïque, tragique, monumental , mythique et légendaire.

 

 

Othello sort un peu partout en France. Allez vous rincer l’œil et la tête !  

_* Sortie Nationale à Paris et Lyon ( Comedia), Lille (Majestic), Montbéliard ( Colisée)… autres villes annoncées.

Photos crédit : Westchester Films, inc. Tous droits réservés.