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Le Maracanã et les favelas

La Telerj n'existe plus, mais jusqu'à quand ?

Par Milena Peillon

Ce 8 avril dernier je me baladais matinalement dans Ipanema, un des quartiers les plus riches de Rio. La chaleur précipitant les réveils matinaux, je profitais de ma balade à l'ombre des arbres pour feuilleter le journal d'information brésilien "O Globo".

 Je ne comprends pas le portugais, mais l'image de la couverture était intrigante. Pourtant les Brésiliens sont habitués à ces scènes là : des militaires évacuant une favela. 

D'après ce que me disaient les Brésiliens, une des plus grosses favelas de la ville "La Maré" venait d'être prise d'assaut par l'armée brésilienne. Fief du trafic de drogue, la plus grande favela de la ville peuplée de 130 000 habitants était en passe d'être "pacifiée", c'est à dire reprise en main par l'armée. En effet, le gouvernement multiplie ces actions pour sécuriser la ville à deux mois du mondial.  

Lorsqu'on est à Rio on se sent obligatoirement concerné par les favelas. Déjà, car elles sont partout, et ses habitants aussi. En face de l'appartement où je logeais quelques jours s'érige la favela de Cantagalo. Seul un mur de béton sépare de quelques mètres les immeubles plutôt chic de ces habitations en brique. Depuis sa chambre, on vit au rythme des sons de la favela, musique, cris, pétards, mais aussi au son des hélicoptères qui la survolent.  

Mais revenons à la couverture de O Globo. Le journal titrait la naissance d'une nouvelle favela, celle de Telerj, installée à quelques mètres du stade Maracana, le fameux qui accueillera le mondial de foot. 

Bien que le gouvernement brésilien tente d'éradiquer le pullulement de ces constructions interdites avec son programme social de construction de logements populaires "Ma maison, ma vie", plus de 5000 personnes avaient entamé depuis plusieurs semaines la construction d'une nouvelle favela. Au total à Rio ce sont plus de deux millions de personnes qui vivent dans les 750 favélas de la ville. 

La plupart des nouveaux habitants de Telerj vivent dans la rue, ou payent des loyers exorbitants dans d'autres favélas de l'état de Rio. Mais l'acte est aussi politique. Les nouveaux résidents s'installent à cet endroit pour réclamer une aide au logement et dénoncer les loyers de ces logements vétustes.  

Trois jours plus tard, les chaînes de télévisions diffusaient en boucle l'intervention de l'armée dans ce nouveau bidonville. L'évacuation ne s'est pas faite sans heurts, les habitants refusant de quitter les lieux. Au final, se sont les bulldozers qui se sont chargés du limogeage des occupants des lieux. Bien sur, le gouvernement a promis de reloger les habitants : à deux mois de la coupe du monde l'inverse serait malvenu. 

La Telerj n'existe plus, mais jusqu'à quand ?