Aller au contenu principal
Voir Satyajit Ray et mourir

Voir Satyajit Ray et mourir

Un drame, un polar et un chef-d'oeuvre.

Par Jean ROUZAUD

 

L’auteur du «Salon de Musique», d’Aparajito, de «La déesse», des «Joueurs d’echec», «le monde d’Apu» et de pas mal d’autres merveilles, Satyajit Ray, réalisateur Bengali, également auteur et souvent compositeur des musiques de ses films, ressort en salles avec trois perles peu connues de ses débuts …

Charulata, son film préféré : deux heures d’un huis-clos dans une maison bourgeoise de Calcutta vers 1895, en pleine administration anglaise. Les Bengalis sont un peu les intellectuels de l’Inde moderne.

Un riche héritier admiratif des anglais et son journal de politique ridicule et sa femme délaissée, Charulata , que Ray va magnifier à coups de travellings, zooms et autres plans séquences…(ne ratez pas le début ! Et comme dans le jeu CLUEDO: un beau frère trésorier louche et sa femme ignorante, un domestique maltraité, et le retour d’un frère poète, rêveur, fantaisiste et décidé à…ne rien faire.

 

 

Comme dans le salon de musique, un concert ou l’on voit ses riches hindous décadents se laisser mener et piller par l’empire anglais.

Comme dans les joueurs d’échecs, une classe bourgeoise gavée, avachie, inconsistante et irresponsable.

Et comme dans tous les films de Satyajit Ray, une femme méconnue, silencieuse, pleine de secrets et de frustrations.

Le noir et blanc sublimement contrasté en une gamme argentée, de longs plans comme des vagues, une musique de mots, regards, notes, détails.. nostalgique et lancinante, et une tension qui monte… Ou un théâtre de marionnettes prédestinées ?

Avec « Le Dieu éléphant », tourné en couleur à Bénarès (Varanasi), on assiste à une tragi-comédie policière invraisemblable. On pense à Agatha Christie, Hitchcock, et même un album de Tintin ( l’oreille cassée) s’invite dans le scénario..

Là encore , le détective, le culturiste, le Saddhu, l’hôtelier, l’enfant, le lanceur de couteau et d’autres, constituent une galerie de personnages à la Fellini , mais dans une ville sainte, magique, mystérieuse, sans âge, pleine de palais enchevêtrés et de ruelles qui mènent toutes au Gange.

 

 

Le 3eme film «Le lâche» est une tragédie amoureuse.Un scénariste tombe en panne de voiture. Un riche planteur de thé propose de l’héberger pour une nuit. Stupeur! L’épouse de celui-ci est l’amour de jeunesse de l’écrivain, qu’il n’a pas osé épouser contre la famille et les mariages arrangés.

 S’en suivent 24 heures cauchemardesque pour l’indécis, entre un mari cynique, alcoolique et une femme décidée à se venger. Ray est le roi, des silences, des non-dits, des ambiguités soulignées par l’image.

Trois directions, mais les mêmes préoccupations : déchirement entre castes, traditions et modernités, femmes réduites au silence et à la soumission. Individus résignés, ou hésitants, dans la lenteur d’une Inde toujours fascinante malgré ses archaïsmes.

Jean Rouzaud.

Sortie en salles le 9 Avril : SATYAJIT RAY.

« Charulata »(1964),  « Le Dieu éléphant « (1979), « Le lâche »

*Il y aura des projections au Champo et au Louxor à Paris

Puis les films seront visibles à Ivry, Vincennes, Lille, Pau..

Puis Quimper, Annecy, Chamonix, Morlaix, Caen, Le Mans, Grenoble

Donc SORTIE NATIONALE !