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Le chômage, une bonne nouvelle

Le chômage, une bonne nouvelle

Les chroniques d'Uzbek & Rica : #18.

Par Thierry Keller

François Hollande vient de reconnaître qu’il avait perdu son pari : la courbe du chômage ne sera pas inversée. C’est tout à son honneur, mais ce qu’il devrait reconnaître maintenant, c’est que le chômage ne baissera plus, ou à la marge : le plein emploi, c’est une illusion. La civilisation du travail, c’est mort.

Taux de chômage nationaux depuis 1991 jusqu’à aujourd’hui © Quartz

On est condamné à travailler moins

Les gains de productivité permis par la technologie rendent les hommes de plus en plus superflus, c’est une évidence. Plus les machines font le boulot, moins on a besoin d’êtres humains. Une étude récente réalisée par deux chercheurs d’Harvard montre que 47% des emplois pourront être confiés à des ordinateurs d’ici vingt ans. Dans un premier temps, ça a l’air d’être une catastrophe. Mais en réalité, c’est une bonne nouvelle. Pourquoi ? Parce qu’on va être obligé de revoir totalement notre rapport au travail. Comme disait Keynes il y a un siècle : « Dans un siècle, les hommes ne devront travailler que 15 heures par semaine ».

On en est loin, bien sûr, et pourtant c’est le sens de l’Histoire : puisque les machines nous remplacent (y compris pour des jobs non manuels, comme trader ou journaliste, et ce n’est pas près de s’arrêter avec l’arrivée prochaine de l’ordinateur quantique), alors on est condamné à travailler moins, et à tirer un trait définitif sur les travaux pénibles (on est même capable aujourd’hui d’imprimer sa maison avec une énorme imprimante 3D !). 


« Ce que veulent les gens, c’est pas du boulot, c’est du pognon » Coluche

Ce changement d’ère pose deux questions : que faire de notre temps libre ? Et surtout comment continuer à gagner de l’argent ? Réponse à la première question : on fera ce qu’on voudra. Ne plus avoir de travail salarié ne signifie pas le règne de l’oisiveté, loin de là. D’ailleurs, on voit bien que les jeunes aujourd’hui se font chier avec des jobs alimentaires et dès qu’ils sortent de cette prison, ils se mettent à créer, composer, écrire, échanger, et pas seulement à « chiller ». Réponse à la 2è question : le revenu universel. Un revenu garanti à tous, le même pour tous, sans condition de rien, assis sur le PIB, c’est-à-dire sur la richesse globale produite par un pays ou un ensemble de pays (je rappelle que les 85 hommes et femmes les plus riches du monde possèdent autant que les 3,5 milliards les plus pauvres, ce qui prouve bien qu’il n’y a jamais eu autant d’argent, mais qu’il n’a jamais été aussi mal redistribué). En France, selon les estimations, si on se partageait 15% du PIB, on recevrait chacun entre 400 et 1000 euros par mois.

Cette histoire de revenu universel n’est pas une lubie d’économiste « pas sérieux ». D’abord, il y a des pays, ceux qui possèdent une rente issue du gaz ou du pétrole, qui l’ont déjà mis en place : la Namibie, l’Iran, l’Alaska, le Koweit… Ensuite, c’est une mesure qui dépasse largement le clivage droite-gauche. Villepin est pour, Boutin aussi, Yves Cochet des Verts… Et puis surtout, le revenu universel (qui s’appelle aussi revenu de base, ou revenu d’existence) est une revendication qui prend de l’ampleur. Le 14 janvier dernier, dans le cadre de l’Initiative Citoyenne Européenne, une pétition a été remise à la commission européenne, recueillant 285 000 signatures issues de toute l’Union, à l’initiative du BIEN (Basic Income Earth Network). Ce n’était pas assez pour que le sujet fasse l’objet d’une loi (il fallait 1 million de signatures), mais c’est déjà un grand pas en avant.

C’est la première fois qu’officiellement, on inscrit à l’agenda politique une séparation entre l’activité et le revenu. Dans 100 ans, c’est sûr, nos successeurs percevront tous un revenu universel. Ce n’est donc pas Keynes que j’ai envie d’invoquer pour conclure, mais un autre grand penseur du XXe siècle, Coluche, qui disait : « Ce que veulent les gens, c’est pas du boulot, c’est du pognon ».

Image à la une : Manifestation anti-G8 au Havre, 2011


Une chronique à retrouver sur le blog d'Usbek & Rica