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A l'école de la Tekkno berlinoise

A l'école de la Tekkno berlinoise

Découvrez la folle histoire des pionniers de la scène berlinoise.

Par Jean Rouzaud

En passant en revue la période pionnière de la techno, soit 1989-1992, ce sont des techno fans qui nous racontent à plusieurs voix toute l’histoire folle de l’ "après" punk, rock, rap, disco, qui les a mené à leur folie de la Techno hardcore, qui va presque tourner à la secte.

Exactement comme le livre Please kill me de Legs Mac Neil sur le Punk new-yorkais ou à la manière d'English tapes qui racontait le Punk anglais, ce livre est fait uniquement d’interviews de TOUS ceux qui ont fait partie de cette scène : DJs, designers, égéries, chanteurs, danseurs, disquaires, patrons de boite improvisées, de bars et de tous les lieux mythiques, bref de toute le « scène berlinoise », est-ouest et banlieue confondus.

En prime et en toile de fond : la chute du mur, la réunification, les mésententes, les déceptions, les excès et finalement la radicalité romantique de Berlin-est qui va l’emporter sur l’Ouest, gavé et blasé …

On est plongé dans un véritable moment d’histoire de la jeunesse allemande, généreuse et suractivée, qui, après les années de plomb a besoin d’un moyen d’expression fort, nouveau, que la Techno va lui apporter, dans des lieux d’exception.

C’est dans le décor fantastique de Berlin (mais il y eut des événements un peu partout…), dans ces friches industrielles et marquées par leur passé nazi, abandonnées, dignes des plus grands délires expressionnistes de Fritz Lang, que vont naître des lieux mythiques, des clubs fous, squattés. C'est dans des centrales électriques, des aciéries ou des banques, que va avoir lieu cette saga.

Voici la fresque de cette « famille », de ce petit groupe qui va devenir la « scène berlinoise », comme il y avait eu une scène londonienne Pop, glam puis punk, une scène new-yorkaise rock et new-wave, une scène parisienne avec le disco puis le punk, ou madrilène avec la Movida.

Car la grande règle pour qu’une « scène underground » se développe, pour qu’un groupe de suractifs, branchés, démerdards et fonceurs puissent lancer un mouvement, avec musique, fêtes et lieux mythiques, c’est d’avoir de la place, des quartiers abandonnés ou déserts.

On avait assisté au Punk new yorkais grâce aux lofts et iron-buildings de Manhattan sud, Londres avait eu son underground à Portobello et King’s Road dans des terrains vagues, puis vers Camden ou plus récemment Brixton ou Spitalfields, de vieux coins mi-banlieues, mi friches. Même le Punk parisien avait eu ses Halles abandonnées.

Car tous les courants novateurs sont désargentés et ont besoin de tremplins, c’est-à-dire de grands endroits spectaculaires et vides pour se réunir, squatter, faire la fête ou installer de grands décors.

Imaginez Berlin juste avant et après le mur: un no man’s land pleins de bobos artistes subventionnés à l’ouest et à l’est encore plus fou, désert, plein de lieux géants, libres, spectaculaires, dignes du «romantisme industriel allemand » !!!

Et ce romantisme se retrouve dans la techno allemande. Depuis les sommets Can et Kraftwerk, nos voisins ont prouvé leur talent et affirmé leur style inimitable :  Amon Duul, Faust, Neu, Tangerine Dream, Popol Vuh, Einsturzen Neubauten, D.A.F… ce savant mélange de beat métronomique, d’électronique, de marteau-pilon, de robots, de sons industriels, de chocs métalliques ou de planant répétitif ou martial, mais toujours baigné d’un romantisme rêveur, particulier.

Avec ce GROS livre où une vingtaine de raveurs fous, pionniers de le techno et de la Love parade s’expriment, on voit défiler les personnages, endroits, tenues et décors de cette planète sous ecstasy, où se réunir, pour avoir un choc esthétique et physique, était devenu une règle de vie !!!

Juste après les rave anglaises, l’Allemagne avait trouvé sa voie, en adoptant un style ultra TEKKNO ( avec 2 Z comme superlatif) .

Le lieu sans doute le plus mythique fut le Trésor, cette vieille banque de guerre, immense, remplie de coffres et de casiers, avec comme cœur une salle de danse entièrement en métal !!!

Imaginez le son et l’atmosphère quand on sait que le tout ruisselait d’humidité, de champignons, de rouille, de débris industriels dangereux. Ce fut pourtant le plus grand MUST d’aller s’enfermer dans cette boite (au sens propre) sous influence chimique et animée par des DJ’s sans pitié, qui alignaient des set de 8 heures pour un public de fanatiques déchainés, avec laser et fumée opaque !!!

Il faudrait d'ailleurs analyser pourquoi et comment une génération a pu choisir de se mettre à la torture, dans des conditions dignes de situations de guerre, pour le simple plaisir de s’amuser !

Parmi ces fous, ces explorateurs, en dehors des DJ’s et organisateurs, il y avait aussi des décorateurs, des danseurs, des rois de réseaux, des gardiens, des anges gardiens, des gays, des militaires, quelques truands et prostituées… Tous unis pour danser des jours entiers.

Comme dans toutes les avant-gardes, les égos vont se réveiller et avec la Love Parade de Berlin, le succès et l’argent, la famille rêveuse et anti commerciale va s'entre-déchirer et s'éloigner de leurs idoles de Detroit (Derrick May, Kevin Sanderson et Jeff Mills vont s’embrouiller avec eux.)

Témoignage pointu, édifiant, révélateur de cette fièvre berlinoise de 1988 à 1992, racontée en chœur par tous les participants, Der klang der familie (du nom d’un tube disputé) se lit comme un roman à 20 ou 30 voix. Et s’écoute comme un opéra. Wagnerien

DER KLANG DER FAMILIE par Felix Denk et Sven Von Thûlen.

  • 400 pages aux éditions ALLIA .
  • Avec beaucoup de documents photos et aussi à la fin, les listes des lieux, des personnages et les même les track lists des DJ !! Wunderbar !