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Stwo, la quête du beat - Entretien

Stwo, la quête du beat - Entretien

Just the Stwo of us.

Par Jean Morel

Jeune prodige de la musique d'ordinateur, Stwo, beatmaker français, sévit sur la toile depuis sa chambre d'étudiant à Barcelone. S'arrogeant, au fil des remixes et productions dropés sur son soundcloud, une reconnaissance grandissante. Après deux EP distribués gratuitement sur internet, Stwo travaille actuellement sur un projet de plus grande envergure. Ses Beats syncopés et nappes de groove justifiaient à eux seuls un entretien. Il était temps.  

Il existe deux portes d'entrée à ton univers musical, sachant que tu te prêtes autant à l'exercice du remix qu'à la composition pure, qu'est ce qui t'attire dans ces deux versants de la création? 

C’est vraiment deux façons de voir le truc, mais j’aime autant l’une que l’autre. 

La plupart du temps je ne prends pas la décision de faire un remix, je compose un track et à la fin, j’ajoute une voix par dessus et du coup ça en devient un remix. 

J’accorde beaucoup d’importance aux voix dans mes morceaux et souvent c’est difficile de trouver une voix originale qui collerait parfaitement avec ma prod, et ça prendrait aussi beaucoup plus de temps, c’est souvent plus simple de prendre une accapella sur internet et de la moduler pour qu’elle colle avec l’instru. En ce qui me concerne, j’aime autant faire les deux. Faire un track original, c’est le plaisir de créer de A à Z et remixer des morceaux ça me permet de me trouver de nouvelles idées et de m’inspirer, mais aussi de montrer ma vision des choses. 

Je fais mes sons dans ma chambre, je n’ai jamais été dans un studio de ma vie!

Tu parais quand même hyper productif, en publiant des tracks et des inédits de façon régulière, la composition est naturelle chez toi ou tu t'y attelles et travailles de façon continue car c'est une nécessité? 

Comme beaucoup de producteurs aujourd’hui, je fais mes sons dans ma chambre, je n’ai jamais été dans un studio de ma vie. Aujourd’hui c’est tellement plus simple et plus rapide qu’on peut produire plusieurs tracks dans la même journée, sans problème.

Depuis que je me suis mis à bosser par ordinateur, j’ai toujours beaucoup produit. La différence avec aujourd’hui c’est que je me dois de publier des tracks qui soient de mieux en mieux, parce que j’ai la chance de savoir qu’elles vont être écoutées (et critiquées).

La seule clef c’est l’inspiration, ça dépend des jours. Parfois je ne vais rien produire pendant 3 semaines et la semaine d’après je vais faire 3 tracks en 2 jours. C’est aléatoire, j’ai mes périodes avec et mes périodes sans. 

A l'inverse, tu as aussi déjà fait paraitre deux Eps, donc des entités musicales complètes ; quelle approche donnes-tu à tes compositions lorsqu'elles s'organisent dans un ensemble?  

Le premier EP que j’ai sorti, «Moans», n’a pas été créé dans la démarche de faire un EP, j’avais ces 3 tracks qui allaient bien ensemble, personne ne pouvait les télécharger, alors j’ai décidé d’en faire un EP. 

C’est différent avec «Beyond» qui est vraiment mon projet, dans le but de faire EP. J’aime bien les projets qui ont une ligne directrice, l’histoire autour de «Beyond» est assez simple.  La première prod qui était prête c’était «Lovin U» (à l’époque je bossais sur cet EP pour une sortie sur le label de LA, Soulection)

Je l’ai envoyé à 96 (co-createur de Soulection et maintenant à la tête du label Cosmonostro) et il a vraiment senti le truc, bien plus que moi. Du coup ça m’a semblé normal de continuer dans cette approche et de créer 4 autres morceaux assez proches, en utilisant les mêmes rythmes, sons, certains samples…

C’était vraiment quelque chose de recherché, j’ai voulu que les gens qui apprécient un track puissent apprécier toutes les autres, en gardant le tout cohérent. 

Dans l'expérience de ta musique, tu es aujourd'hui de plus en plus booké, que t'apporte ce ressenti live?

Le live c’est vraiment très différent. Tout ce que je perçois sur ma musique est très virtuel, mais le fait de rencontrer les gens, de parler avec eux, c’est vraiment cool, ça permet de rendre le truc plus concret.

Il faut encore que je prenne mes marques et que je m’habitue parce que tout est arrivé très vite mais c’est quelque chose qui m’inspire et une vraie dose de love.

A l'image de la musique de l'ère internet on sent que tu puises et recomposes avec tes influences, quelles sont-elles et comment te les appropries-tu? 

J’ai toujours écouté de tout. Dans ma famille, tout le monde est musicien, mon père m’a fait découvrir tous les classiques de funk, disco des années 80/90 et quand j’avais 13 ans j’ai commencé à jouer de la basse par dessus les tracks de Michael Jackson, Jamiroquai, Stevie Wonder, Daft Punk, etc…

Un peu plus tard j’ai découvert le hip hop avec des gars comme Tribe Called Quest, Nas, Biggie, Eminem, Dr Dre. 

Mais pour composer je m’inspire directement des producteurs que j’écoute aujourd’hui et qui sont sur le même courant musical comme Sango, Kaytranada, Mr. Carmack. Je pense pas trop à mes influences, c’est plus inconscient qu’autre chose je pense.  

 

Ce registre commence à avoir une vraie aura en France, je pense notamment à Jimmy Whoo, ou Myth Syzer, et commence à attirer les Emcees Us, (Raider Klan, Underachievers) comment perçois-tu cet intérêt, ya t'il une vraie sonorité française? 

C’est cool que ça arrive ici, je pense que les gens s’ouvrent de plus en plus à ce style musical parce qu’ils voient qu’il prend de l’ampleur, notamment a LA, où se trouve mon ancien label Soulection et mon nouveau HuhWhat&Where. Je reçois de plus en plus de messages de Français qui apprécient ma musique et forcement ça fait plaisir.

Je pense qu’ils sont la relève des beatmakers Français.

Concernant les gars de Grande Ville Records (Myth Syzer et Jimmy whoo) je les ai déjà rencontrés, Myth est un bon pote à moi et je suis vraiment à fond sur leur taff, je ne sais pas si leurs beats ont une sonorité française mais ils sont uniques. Et vraiment je pense qu’ils sont la relève des beatmakers français. 

Il y a aussi les gars de Moose Record qui sont en place (le label d’Andrea et Julia Losfelt) et leur pote Dream Koala. Je trouve ça cool qu’on se connaisse tous, ça présage que du bon pour l’avenir de cette musique en France. 

Et j’en place une pour mon gars Fitzroy qui lui aussi est en place et avec qui j’ai sorti pas mal de collaborations. Sans oublier Phazz (Lyon) qui est aussi un des Français au top dans ce jeu. 

J’ai déjà été en contact avec les Underachievers, je devais être leur dj pour leur premier live à Paris mais les choses ne se sont pas passées comme prévues au dernier moment. Mais on reste en contact et je bosse sur une collaboration avec Aaron Cohen, un rappeur de NYC. Donc ouais, définitivement, les choses se passent.

Comment développer tes compositions, envisages-tu des collaborations? Des compositions collectives? 

Je ne m’attendais vraiment pas autant de réactions pour mon ep «Beyond». Je suis très heureux que les gens aient ressenti le truc. Mais maintenant je pense qu’il est temps de passer à autre chose tout en gardant mon univers.

Je veux faire en sorte que les gens ne se lassent pas et que moi non plus. Mes derniers morceaux «Quiet Life» et «Syrup» sont un peu différents et c’est ce vers quoi je compte aller, quelque chose de plus hip-hop, instrumental, mais qui reste dans l’esprit de ce que j’ai toujours produit jusqu’à maintenant.

En ce moment je bosse sur des remix, collaboration et mon EP pour HW&W. Je cherche à faire des collaborations avec les gars de mon label et autres. Sango, Kaytranada, Boombaptist, Fitzroy, Falcons, Myth Syzer sont des gars avec qui il est fort possible de voir des collaborations naitre dans mon futur projet. 

J’essaye aussi d’avoir des connections avec des emcees parce que mon ultime but en tant que beatmaker c’est de composer pour des rappeurs.