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La contre-culture a 20 siècles

La contre-culture a 20 siècles

Depuis l’antiquité, chaque autorité a provoqué sa résistance ! La preuve.

Par jean Rouzaud

Enfin un livre français qui nous rappelle pas moins de vingt siècles de dissidences, de contre-cultures, de regroupements de tous ceux qui refusent l’autorité aveugle, les lois injustes, les règles souvent absurdes ou inadaptées des pouvoirs successifs 

"Contre Cultures" (éditions Le Mot & Le Reste) commence aujourd’hui avec les hackers du net, comme ceux qui tentent de communiquer uniquement avec le maillage wi-fi pour échapper à toutes les infrastructures téléphoniques ou satellitaires... et puis l’auteur remonte le temps : les années 70 où le terme "contre culture" a été inventé, au vu des mouvements mondiaux et de la Free-press.

 

Des Beatnicks aux Hippies, des Pranksters aux Diggers, des féministes aux Black Panthers, on prend une leçon de modestie quand on énumère les tentatives passées de restos gratuits, de solutions écologiques, communautaires... et pas toutes utopistes ! 

Cette remontée dans le temps est de plus en plus instructive et surprenante. Vers 1870 en France, la bohème littéraire va avoir ses Punks, ses Freaks : les hydropathes, les hirsutes, les fumistes et les zutiques! Anarchistes, libertaires, humoristes radicaux qui mèneront aux pataphysiciens, aux dadaïstes, aux situationnistes jusqu’aux Pranksters californiens des années 60.

Voilà l’intérêt de ce livre-compilation : nous faire remonter  jusqu’aux ancêtres des mouvements parallèles, de voir se former les idées et les opinions jusqu’à nous, et de constater que ce qui était taxé de marginalité, de minorités négligeables et dérivantes, trouvent un écho de plus en plus grand à mesure des siècles qui passent.

Au 19eme siècle, les transcendantalistes s’opposent à tout commerce, salaire, exploitation de l’homme. Reste la nature nourricière et le troc !

Le chapitre sur l’épopée pirate, dès 1650, est un vrai roman: un territoire libre sur des mers chaudes, des utopies sur des îles, et en dehors des abordages et des courses, une véritable philosophie communautaire multi-ethnique. On parle de « culture inversée ».

Pirates donc, corsaires, flibustiers, princes des mer, boucaniers, frères de la côte... autant de noms que de nuances dans l’idéologie pirate, qui était taxée de pure utopie : comme l'idée de créer Libertalia à Madagascar, un projet de cité corsaire où le religieux et le politique sont présents.

Car ces fameux pirates ont tenté de grandes idées, des siècles avant le reste du monde: sécurité sociale, communisme, assurances et mutuelles, autogestion, égalitarisme, liberté de penser et d’agir… 

De là à penser qu’ils sont l’avant-garde des révolutions française et américaine, il n’y a qu’un pas… que Fourier, Diderot ou Voltaire franchiront allégrement.

Les anglais aussi  vont se lancer passionnément dans des projets de sociétés plus justes, à la recherche du «naturel»,  de l’homme originel.

Depuis l’Atlantide de Platon, l’Utopia de Thomas More, L’abbaye de Thélème de Rabelais, l’Eldorado de Voltaire ou le Candide de Rousseau, nous ne cessons de chercher une cité idéale, un système social heureux, et l’harmonie à tout prix. 

Exemples fameux vers 1516 : Thomas More et Rabelais écrivent leur projet. Ces livres ont du succès, servent d’exemple, de mode d’emploi à un essai de société tolérante, basée sur l’égalité et la justice, femmes égales aux hommes, partage, bien-être… hédoniste avec Rabelais, plus puritain avec l’anglais More. 

Autour des religions, faisant suite à Luther et Calvin, on découvre toutes sortes de sectes puristes: les niveleurs, diggers, behmenistes, grindletoniens, barrowistes, muggletoniens, etc.. C'est en fait le début des communautés rurales plutôt fermées, partisanes du «do it now», repris par les hippies. Ces groupes vont marquer le début des communautés rurales bibliques américaines genre Quakers, Amish et autres…

 A l’inverse, au même moment, ressurgissent les adamites, increvable secte chrétienne, pratiquant l’amour libre et le refus du travail !!

Apparue à l’antiquité, réapparue au 13eme siècle, puis au 16eme donc, en référence à Adam et aux premiers hommes !! 

Et cela ne cesse jamais, de Rome, où des chrétiens hédonistes vont encore plus loin avec un désir de liberté totale, jusqu’à la Grèce antique ou l’exemple du philosophe cynique Diogène reste célèbre jusqu’à nous : vivant de rien, esprit critique totalement libre, ermite absolu au beau milieu des autres, ancêtre de tous les beatnicks, routards, hippies.. 

Lorsqu’Alexandre, héros mythique et empereur des armées, vient le voir et lui demander ce qui lui ferait plaisir, Diogène lui répond: "ôte toi de mon soleil !".

Tout est dit ; la contre culture est déjà là, elle ne veut ni pouvoir, ni argent, ni armée, seulement vivre le mieux possible, en harmonie avec les éléments, les autres, la nature, le temps.

Des dizaines d’autres exemples émaillent ce livre-monde, jusqu’à l’invraisemblable. On en sort abasourdi devant la résistance et l’imagination des humains. 

Une leçon d’histoire, côté jardin. Une cour de récréation pour nous tous qui avons tant besoin de repenser le monde, encore et toujours.

 

« CONTRE-CULTURE(S) - Des Anonymous à Prométhée .. »

par Steven Jezo-Vannier .

Editions le mot et le reste, Collection Attitudes

438 pages .25 euros.