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"J'ai tout perdu dans cette foutue crise"...

"J'ai tout perdu dans cette foutue crise"...

... et autres punchlines d'Alice Russell dans cet entretien fleuve

Par Julien Renou

Il aura fallu quatre ans à la diva anglaise depuis Pot of Gold et une incartade avec Quantic pour sortir ce nouvel album, To Dust. Après avoir pour un temps laissé en suspend son label Little Poppet, elle renait de ses cendres et signe chez Differ-Ant un retour aux sources avec un son plus électro et plus intime, rappelant quelque peu ses premières salves vocales. On lui a demandé de s’expliquer sur tout ça.

Ton avant dernier album marquait un réel changement avec les précédents. Les orchestrations étaient plus riches, plus big band et tournées vers la soul classique.  Alors que ce dernier semble être un retour à tes premiers amours musicaux, il est un peu plus électro, sombre et intime. Pourquoi ce revirement sonore ?

Alice Russell : C’est vrai qu’il est plus intime, je voulais faire un album plus axé sur le travail en studio mais avec une certaine dimension live et brute. Donc pour moi il était évident de revenir vers un son plus proche d’un album comme My Favourites Letters par exemple. On a décidé de s’éloigner du son de Pot Of Gold qui était plus vintage, pour revenir vers quelque chose de plus simple, avec moins d’orchestrations. S’amuser à triturer les sons était, à ce moment là, plus intéressant pour nous.

Il semble aussi un peu plus politique ?

Ce n’est pas quelque chose de planifié chez moi mais je ne peux pas occulter tout ce qui ne va plus aujourd’hui. En Angleterre, nous avons le gouvernement conservateur de Cameron et Boris Johnson (maire de Londres) (soupir) et il y a un sentiment de frustration, d’inertie qui, selon moi, est partagé par de nombreuses personnes. On se demande parfois où l’on va, pourquoi on laisse faire. Mais pour répondre,c’est vrai qu’avec l’âge on perd un peu de l’innocence de nos vingt ans et certains thèmes comme ceux-ci se font plus présents. 

Heartbreaker est décliné plusieurs fois à travers l’album, c’était un thème important pour vous ?  

Ces morceaux évoquent pour moi la relation entre deux personnes quand elles sont impliquées sur un plan émotionnel, amical et professionnel... Quand une personne vous laisse tomber et que cela influe sur tous ces aspects, avec toutes les conséquences qui peuvent en découler.

Cet album est plus électro, doit-on quand même s’attendre à une version remix comme vous avez pu faire sur d’autres ?

C’est vrai que J’aime beaucoup les versions remix mais pour celui-ci, avec TM Juke, on a fait tellement de remix pour chaque titre qu’on a eu notre dose donc je laisse aux autres le choix de proposer leurs propres versions.

Mon prochain disque sera avec mon TM Juke à moi.

Peux-tu nous parler un peu de ton éminence sonore qu’est TM Juke (Alex Cowan), le producteur qui travaille à tes côtés depuis le début ?

C’est tout simplement un type horrible ! Non blague à part, J’ai un peu la même relation avec lui qu’avec Quantic. Nous nous connaissons depuis belle lurette et musicalement, on se comprend parfaitement. On n’a aucune appréhension à se dire les choses, à présenter telle ou telle idée. C’est vraiment rassurant de pouvoir instaurer une telle franchise dans une relation de travail. Le fait que nous aimions les mêmes musiques et que nous ayons des influences communes renforce d’autant plus cette complicité.

 

Et tu n’as jamais eu envie de changer de producteur pour l’un de tes albums ?

Je fais beaucoup de featurings donc l’envie de bosser avec d’autres producteurs est comblée de cette façon mais j’aimerai bien travailler avec Dave Okumu des Invisible (Ninja Tune). Sa manière de produire ou d’écrire est incroyable, que ce soit au niveau des arrangements ou des textes. Mais mon prochain disque sera quand même avec mon TM Juke à moi. 

Quand on écoute ta discographie, tu chantes dans de nombreux styles. C’est important pour toi de ne pas t’enfermer dans un style de chant particulier ?

Oui, j’ai découvert tUnE-yArDs il y a peu. Elle est vraiment incroyable, c’est une fille qui a étudié le chant à l’université et fait des choses que je n’aurais jamais imaginé faire avec ma voix. C’est important pour moi de me confronter à différentes manières de chanter et j’essaye de m’inspirer des autres aussi pour trouver d’autres voies.

La France est toujours souvent synonyme de bons fromages accompagnés de bons vins

Si on met les noms de tes deux derniers albums ensemble, on obtient Pot Of Gold To Dust, une manière subtile de dire stop au capitalisme sauvage ?

Oh oui, j’ai tout perdu dans cette foutue crise et aussi notre triple A... une sale affaire.

Quels sont tes prochains projets pour te renflouer ?

Je repars avec Quantic pour un nouvel album, on doit commencer les sessions en janvier. Cela devrait s’orienter vers des sons psychédéliques brésiliens mais je n’en sais pas plus. Avec Alex on travaille perpétuellement sur de nouveaux morceaux et je sens que le prochain disque va être très bon. Et bien sûr mes concerts, dont celui au Bataclan le 25 mars. Pour moi, venir chanter en France est toujours un grand plaisir car souvent synonyme de repas dont le principe se résume essentiellement à de bons fromages accompagnés de bons vins.