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Néonazis 1 - 0 Salafistes

L’Allemagne préfère-t-elle ses extrémistes maison ?

Par Quentin M

En Allemagne, tous les groupuscules extrémistes ne font pas l’objet du même traitement judiciaire. Ainsi, à une semaine d’intervalle, le gouvernement d’Angela Merkel a-t-il dissous 3 groupes salafistes qui opéraient sur le territoire allemand et renoncé dans le même temps à interdire le NPD (Parti national-démocrate d’Allemagne créé en 1964).

En pratique, Sabine Leutheusser-Schnarrenberger, la ministre allemande de la justice aurait eu toutes les peines du monde à interdire ce  rejeton nazillard du NSDAP. Comme le relève le Monde, le parti a déjà fait annuler une procédure d’interdiction semblable en 2003 pour « vice de procédure ». Il dispose par ailleurs d’élus dans plusieurs Länder (Saxe & Mecklembourg-Poméranie-Occidentale) et suscite un réel  engouement (jusqu’à 33% des voix) dans plusieurs communes proches de la frontière polonaise. Sans doute une affaire de plombier…

On comprend donc pourquoi les autorités judiciaires allemandes n'ont pas souhaité se lancer dans une procédure longue, fastidieuse, à l'issue incertaine et aux conséquences politiques pas forcément favorables – un gouvernement de droite a tout intérêt à ménager sa propre droite pour ne pas perdre le pouvoir.

L’argument invoqué pour justifier de ce camouflet peine pourtant à convaincre : en maintenant les nostalgiques d’Adolf dans le jeu politique, il serait plus facile de les contrôler et d’anticiper leurs irascibles débordements explique-t-on outre-Rhin. Qu’à cela ne tienne. Mais dans ce cas-là, il faut être cohérent et annuler la dissolution d’An-Nussrah, DawaFFM et Audios islamiques, les groupes salafistes interdits d’exercice la semaine dernière. En effet, pourquoi ces groupuscules islamistes seraient moins contrôlables que le NPD ? N’est-ce pas en leur ménageant une assise légale qu’on les contrôlera / combattra au mieux ?

Pour les dissoudre, le ministre allemand de l’Intérieur, Hans-Peter Friedrich, a argué du fait que ces groupes professaient un salafisme incompatible avec l’ « ordre public démocratique et libre »… Alors que les néo-nazis sanctifient la  démocratie, c’est bien connu.

Un dernier mot, cette différence de traitement ne se résume pas à une affaire de chiffres : 6000 encartés au NPD contre 4500 salafistes (estimation). Pas de David ni de Goliath dans cette histoire, juste une politique à deux vitesses et une préférence  manifeste pour l’extrémisme intérieur.