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Superman est arabe

Superman est arabe

Dans sa version égyptienne, le super-héros vole au secours des femmes

Par Anne Donadini

C'est le nouveau super-héros de l’Egypte. Il porte une cape à fleurs, un slip blanc, une coupe à la « Marge Simpson » rose bonbon et s’appelle Supermakh. Ce personnage de BD est un Clark Kent version égyptienne, apparu pour la première fois dans le journal d'opposition El Doustour, en 2007.

Contrairement au super-héros US, Supermarkh a pour mission de protéger les femmes et les jeunes filles victimes de harcèlement sexuel en Egypte. Selon un rapport de l’ONG égyptienne ECWR publié en 2008, 83% des femmes en ont déjà été victimes dans le pays.

Selon France24, c’est le premier fanzine égyptien Tok Tok qui a publié la première aventure de ce sauveur des temps modernes. Dans cette histoire surprenante, Supermakh venait au secours d’une jeune femme qui tentait de repousser les avances insistantes du Père Noël. Happy end : elle finit par s’envoler dans les bras du super-héros. « L’histoire a plu, et surtout aux filles » raconte son créateur, l’illustrateur égyptien Makhlouf. « J’ai mis un peu de moi dans le personnage de Supermakh, et aussi un peu du citoyen égyptien, qui voudrait bien aider mais n’en est pas toujours capable. »

Si le harcèlement est monnaie (trop) courante en Egypte, ce ton révolutionnaire adopté par Tok Tok est d’autant plus apprécié des lecteurs, et opportun et précieux pour les femmes.

 

Et s'il existait un nouveau modèle arabe masculin ?

« Superman est arabe ! », c’est également le titre d’un livre tout juste publié par une féministe arabe. Sous le titre est ajouté « De Dieu, du mariage, des machos et autres désastreuses inventions ».

La poétesse et journaliste Joumana Haddad y dénonce les religions monothéistes, qui cloisonnent la femme à ses tâches au sein de la famille (faire la bouffe et élever des mômes). Selon elle, ces religions ont sacralisé le machisme. Mieux, son oeuvre prône l'invention d'une "nouvelle masculinité arabe".  Sans ça, la liberté et la dignité n'aboutiront à rien en Egypte.

L'héroine, Hasna, est une enfant libanaise de 8 ans qui découvre Superman dans une BD. Et là, elle n'est pas d'accord. Pourquoi, les filles, dont l'héroïne Lois Lane, ne sont pas amoureuses de Clark Kent, qui est si charmant, timide et maladroit et le préfèrent dans son ridicule déguisement de Superman ?

En ces temps de grands bouleversements politiques dans les pays arabes, les luttes engagées doivent passer à la vitesse supérieure : aucun doute. Mais il incombe aussi aux hommes de repenser totalement leurs relations avec les femmes.