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Le "Django" originel

Le "Django" originel

Jean Rouzaud présente deux ressorties du cinéma bis : l'original western "Django" et le cinéma de Jess Franco

Par Giulio Callegari

Deux ressortis cinéma bis méritent deux piqûres de rappel du Docteur Rouzaud. 

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Sergio Corbucci, le vrai père du western Django, daté de 1966, a eu une sorte d’intuition qui a valu à son héros imaginaire un foule de copies et autres dérivés jusqu'aujourd'hui, et le Django Unchained du grand duplicateur Tarantino .

Corbucci fait partie de ce que j’appelle les ouvriers spécialisés du cinéma. Sans éclat ils ont passé leur vie à tourner coûte que coûte. 

Il a été l’assistant de Roberto Rossellini (le grand visionnaire néo-réaliste de Rome ville ouverte ou de Stromboli, ultra primé et mari d’Ingrid Bergman qui a fini en faisant de superbes films éducatifs pour la télé). Mais surtout Corbucci a fait 7 films avec le génie comique Toto, longue figure de carême irrésistible, clown triste, ultra burlesque et surréaliste, personnage emblématique des années cinquante.

Déjà un grand écart, mais avec Django, c’est un saut dans l’espace. Sergio Leone a déjà frappé fort avec Pour une poignée de dollars en 1964, donnant naissance au Western Spaghetti.  

On pourrait penser que les américains s’étant emparés des péplums italiens ( films de romains) en survitaminant le genre à l’américaine (Quo Vadis, Spartacus, Cleopâtre..), les Italiens, comme pour se venger, ont à leur tour détourné le western « à l’italienne »..

Les grands westerns US sont pleins de morale, de cas de conscience et de rigueur biblique, d’exemples.. les italiens seront pourris, remplis de voleurs, de tueurs, de chasseurs de prime, affreux, sales et méchants, avides d’or et de crimes.. et femmes quasi absentes. La limite entre le Bien et le Mal plus aussi manichéenne qu'aux États-Unis, avec des anti-héros un brin filous.  Trahisons, mensonges et violence forcenée, se traduisant par des montagnes de morts seront la marque italo-ouest sauvage.

Il y a aussi, dans les westerns italiens, une dimension cirque : un doigt d’acrobaties, de magiciens, prestidigitateurs, clowns et écuyères. Bizarrement c’est cette tradition du cirque, fellinienne, qui rachète la violence barbare.

Corbucci comprend parfaitement la recette : un héros solitaire, sorti de nulle part, qui traine un cercueil, mais qui contient une arme fatale, une vengeance. Il ajoute les bandits mexicains et l’armée mexicaine, une bande de Ku Klux Klan avec cagoules et croix en feu et une astuce : il remplace la poussière par de la boue ! Scénario classique du héros qui attise les bandes rivales, tue plus vite que... Surtout mélange de genre spécial série Z.

Là ou ça devient assez barjot c’est que le nom Django va alors se retrouver sur des dizaines de titres de westerns ( comme Sabata ..), et de genres différents, devenu un nom culte du western italien, comme une formule magique. Regardez sur Wikipédia la liste des titres labellisés "Django". 

Et puisque nous pataugeons dans les recettes, les gimmicks, et les réalisateurs bis fous de tournage, obsédés de la caméra au point de négliger scénario, budget, et toute vraisemblance ou règle et qui ont régné dans les années 60 et 70, je ne peux résister à mentionner un grand dingue de ciné qui ressort aussi en DVD : Jesus Franco, l’Espagnol mieux connu sous le nom de Jess Franco… Un nom de western pour un martien, élevé sous la dictature franquiste (et s’appelant Franco) et sous le pouvoir catholique (et se prénommant Jesus)

Mais anarchiste aventurier imperméable au monde, ne voulant que tourner, Jess Franco va, lui aussi, appliquer une recette gagnante dans les sixties : le film érotique, avec perversion et violence, voyeurisme etc.. dans un cadre bourgeois hédoniste, se voulant raffiné…

Cet ancien assistant réal d'Orson Welles tournera aussi des films de vampires dont l’innénarable Vampiros Lesbos, jusqu'aux films cultes de «femmes en prison». Il va jusqu'à sortir plusieurs films à la fois, dans une logique toute série B, avec cette frénésie de réaliser en désordre.

Et là ou Jess Franco laissait toute le monde bouche bée, c’est qu’il tournait quasiment sans scénario, sans réelle suite ou cohérence, parfois même des scènes faites à l’occasion et intégrées plus tard dans une histoire :  une improvisation d’équilibriste pour des films étranges, contemplatifs et à la limite de l’absurde..

Les filles y sont belles dans le genre soixante, comme hypnotisées, les playboys caricaturaux (même Klaus Kinski), et visuellement le tout - cadrage, déco, lumière des images - fait toujours mouche. 

Si démuni, pauvre Jesus, que son record fut qu’un acteur -en amorce dans le champ- réglait en même temps l’ouverture du diaphragme de la caméra. 

Encore honoré en 2008 dans les festivals de films fantastiques (Gerardmer), Jess Franco n’a pas fini d’étonner par sa foi absolue et sa mystique du cinéma à tout prix… et à n’importe quel prix .

 

Alors que toujours plus les blockbusters vont piocher dans cet héritage cheap et ultra genré du cinéma bis, il faut rendre hommage à ce cinéma bout de ficelle, aux discrets originaux.

 

DJANGO, l’original de Sergio Corbucci ressort en DVD chez Wild Side .

+ 4 Films de Jess Franco chez Artus Film : 

Venus in furs (adaptation libre de Sade : chassé croisé de SM bizarre)

Amour à trois (voyeurisme et partouze neo bourgeoise) 

La comtesse perverse (d’après «les chasses du comte Zaroff»)

Célestine, bonne à tout faire (d’après « journal d’une femme de chambre»d’Octave Mirbeau, en vaudeville érotique)