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Les fantômes de General Elektriks

Le Français sort « Carry No Ghosts » son sixième album. Et Nova aime.

19 février 2018
Par Bastien Stisi
Le Français sort « Carry No Ghosts » son sixième album. Et Nova aime.

« To be a stranger ». C’était le leitmotiv, le titre et le morceau phare, du précédent album d’Hervé Salters, l’homme leader de l’inusable General Elektriks (la cinquantaine approche, et les lives demeurent pleins d’une énergie dingue), où il était à la fois question de ce sentiment que l’on éprouve, parfois, d’être un étranger pour soi-même (et pour les autres), et une réflexion sur les mouvements migratoires qui, déjà en 2016, s’avéraient être d’une actualité brûlante. Album centré sur soi, album centré sur les autres.

Deux ans plus tard, avec la sortie de Carry no Ghosts (son sixième album), la thématique de l’étranger qui a conscience de l’être paraît toujours être au centre de la réflexion du General Hervé. C’est qu’après avoir vécu de longues années du côté de la Californie et de Los Angeles (il y avait notamment rencontré le DJ et producteur Chief Xcel de Blackalicious, avec qui il avait fondé le projet Burning House), General Elektriks a pris le chemin de Berlin, une capitale berlinoise dans laquelle il se sent parfaitement bien (les espaces verts, on le sait, adoucissent l’âme) mais où, ne maîtrisant pas complètement la langue, le sentiment d’appartenir à une entité étrangère s’avère systématique, et parfois excluante.

Le déracinement, lorsqu’il n’est pas volontaire, peut-être absolument terrible

general elektriks carry no ghosts

Plus vraiment français, plus vraiment californien, pas vraiment berlinois (« j’ai parfois le sentiment de ne plus être capable de mener une conversation complète dans aucune des langues... »), Hervé fait partie de ces êtres qui sont de partout, mais aussi de nulle part. Un sentiment confortable parfois (demeurer dans le territoire du « vague », et donc du « libre », favorise naturellement la création), et parfois douloureux, une migration volontaire et « bourgeoise » qui n’a naturellement rien à voir avec celle subie par ceux qui sont contraints, par la force des choses et des armes, de se retrouver loin de chez eux. Hervé : « Ces gens qui sont contraints de fuir leur pays, et qui parviennent à sauver leur vie et celles de leurs familles, ces gens-là sont de véritables héros. Le déracinement, lorsqu’il n’est pas volontaire, peut-être absolument terrible. »

Marqués par ces mouvements de population désastreux, par les agressions permanentes de Donald Trump, par un Royaume-Uni qui se renferme sur lui-même, par la présence du Front National au second tour de la Présidentielle et par le retour des Nationalismes en Europe, Hervé a donc choisi, sur Carry no Ghosts, de parler avant tout d’amour. « On parle toujours de haine, mais jamais d’amour. Moi, dans le contexte d’aujourd’hui, j’avais envie d’en parler un peu ». Ainsi, au langage multiple qu’exprime déjà cette musique bizarre et singulière que le Français propose depuis une quinzaine d’années (un mélange de funk, de pop, de hip-hop, d’électro synthétique) s’ajoute la formulation de cet « amour » en langues plurielles. L’Anglais bien sûr, mais aussi ici l’Allemand (« Amour Über Alles ») et même le Français, qu’il n’avait pas utilisé depuis « Tu m’intrigues », un morceau issu du premier album du Français Cliquety Kiqk, sorti en 2003, et qui avait également trouvé sa place, alors, sur notre NOVA TUNES 1.0.

Écrire en quatre ou cinq langues, c’est devenu logique et naturel pour moi

Hervé : « À l’occasion de la tournée de mon album To be a Stranger, j’ai eu l’occasion de redécouvrir la scène, quatre ans après mon dernier concert. Et j’ai été par ce biais de nouveau beaucoup en France. Le fait de fréquenter des Français m’a inspiré des chansons dans ma langue maternelle. Ce sont les chansons qui apparaissent sur cet album, ‘Au tir à la carabine’, ‘De passage’, et une partie de ‘Amour Über Alles’. »

Ce morceau interprété à la fois en Allemand, en Français, et en Anglais, on pourrait presque l’isoler du tout, et en faire le reflet parfait d'un disque se voulant ouvert sur l'autre, et sur ces cultures qu'il s'avère, plus que jamais, nécessaire de faire cohabiter.

« Écrire en quatre ou cinq langues, c’est devenu logique et naturel pour moi, c’est ma vie. Le texte de ce morceau dit la nécessite de l’ouverture vers l’autre. Il faut bien se rappeler que la migration a toujours existé, et qu’elle existera toujours. C’est un processus normal, il y a toujours une fluidité dans l’humanité. Dire ‘restons américains, ou restons français, c’est complètement absurde’ »!

Enregistré en trois semaines, et pourvu d’une énergie renouvelée (« j’ai la sensation d’avoir de nouveau 14 ans ! Je crois que ce disque-là a été le plus facile à faire de tous ! »), Carry no Ghosts, aussi marqué par les disparitions de Bowie et de Prince, est sorti chez: Wagram Music / 3ème Bureau. General Elektriks, qui est également ce soir à l’affiche d’une Nuit Zébrée lyonnaise, organisée du côté du Transbordeur. C’est complet, mais ça se matera en live depuis Facebook, bien évidemment. En attendant, vous pouvez revoir son intervention de cette semaine dans le Nova Club, chez David Blot et Sophie Marchand.

Petite surprise pour ceux qui sont arrivés jusque ici : des exemplaires de l'album sont à gagner avec le mot de passe que vous trouverez sur notre page facebook Nova Aime.

Visuel : (c) Tim Deussen