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Mira Kamdar : une américaine parisienne nous raconte l'Inde

Mira Kamdar : une américaine parisienne nous raconte l'Inde

Le portrait de Néo Géo, par Reza Pounewatchy.

Par Reza Pounewatchy

Dans Néo Géo, Reza Pounewatchy fait le portait de Mira Kamdar, journaliste et écrivaine qui publie 80 mots de l'Inde aux éditions l'Asiathèque.

Un grand-père qui explique à sa petite fille les bonnes manières pour une demoiselle, ou comment comprendre à 9 ans son statut de femme dans la société, plus particulièrement en Inde. Ce témoignage est celui de Mira Kamdar, journaliste, écrivaine, chercheuse dont le recueil 80 mots de l’Inde est sorti il y a quelques semaines aux éditions l’Asiathèque.

L’Inde, un pays, une société, souvent méconnue en France. Une puissance économique très riche qui mérite d’être mieux comprise, selon l’auteure. Un sujet que Mira Kamdar maîtrise, au point d’avoir longtemps écrit dessus pour le Courrier International ou encore le New York Times.

Mira Kamdar

Mira Kamdar. Une américaine installé en France. Dont l’histoire est celle d’une femme aux confluents de plusieurs origines. Un père élevé en Birmanie et en Inde. Une mère américano-danoise qui a grandi dans une ferme de l'Oregon. Mira Kamdar a 4 ans quand elle demande à sa mère: « Dans quelle partie de mon corps je suis à moitié indienne et à moitié danoise ? Plutôt en haut ? plutôt en bas? Sur les côtés ? »

Cette question devenue une quête, elle y répondra sur papier en 2000, dans une biographie de sa grand-mère. Les Tatouages ​​de Motiba (titre original: Motiba’s Tatoos) raconte le voyage d’une petite-fille d’Amérique dans le passé de sa famille indienne. « Motiba », grand-mère en Gujarati, une langue au milieu des plus de 120 langues et 19 000 dialectes recensés dans le pays. Dans l’ouvrage, on suit l'émigration de sa famille de l'Inde féodale à Bombay, qui découvre d’abord les États-Unis à travers les films hollywoodiens.

« Quoi qu’en dise Trump, les Américains sont fiers de leurs origines immigrées. »

Le père de Mira Kamdar foulera le sol américain dans les années 50, début de la grande migration de familles indienne en occident, et du melting-pot qui caractérise pourtant si bien le pays de Donald Trump.
À ce propos la journaliste assume : « Pendant longtemps, je me suis sentie comme une "Indian American". Quoi qu’en dise Trump, les Américains sont fiers de leurs origines immigrées. » Peut-être tout simplement puisque, quand on y réfléchit bien, l’américain de souche n’existe pas.

Kamdar, un nom hérité de la profession de son arrière grand père alors bras droit du roi de la province du Gujarat, l’état natif de Ghandi. Une lignée qui n’a pas empêché l’auteure d’être sensible aux castes défavorisées comme les intouchables, ou d’autres faits de société comme l’islamophobie galopante connue dans le pays en ce moment, ou encore les inégalités entre hommes et femmes. Des phénomènes qu’elle aborde dans ses différentes conférences, articles ou ouvrages. 

Dans son dernier, 80 mots de l’Inde, elle rassemble des noms communs marquants liés à la culture, la société, la spiritualité, la politique et la nature du pays, qu’elle illustre à travers références à des films cultes, à des auteurs connus, des anecdotes vécues, des souvenirs d'enfance, ou des événements importants de l'histoire du pays ou de son actualité plus récente. Exemples avec le mots Barati, comprenez les musiciens qui déambulent dans les rues pieds nus ou chaussés de tongs en plastique, membres d’un orchestre itinérant qui célèbre l’arrivée du fiancé sur les lieux de la cérémonie. Ou encore plus tragique le mot Yad (« mémoire »), lorsque Mira Kamdar évoque sa cousine assassinée par des terroristes pakistanais, lors des attentats de Bombay du 26 novembre 2008

Basée aujourd’hui à Pantin, cet ancien bastion ouvrier du 93 qui se rêve en nouveau Brooklyn français, la chercheuse et conférencière aspire à continuer de parler de l’évolution de l’Inde dans le monde et se perfectionner au violon pour jazz en répétant inlassablement des airs de Stephane Grappelli. Parmi ses 80 mots de son Inde l’auteure évoque Nãtak : le nom donné aux théâtres populaires itinérants qui animaient les villages aujourd’hui remplacés par les télévisions qui nous enferme un peu plus dans notre solitude. Face à ce constat, Mira Kamdar a le mérite avec sa plume de nous ouvrir les portes et les bras vers un pays et un monde qui change.

Le Néo Géo du dimanche 03 mars, c'est en podcast.

Visuel © Ichwan Palongengi, © Tomas Van Houtryve