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L'histoire de Nellie Bly, pionnière féministe du journalisme d'investigation

L'histoire de Nellie Bly, pionnière féministe du journalisme

Marie Misset vous raconte tout.

Par Marie Misset

Dans Pour que tu rêves encore, la matinale de Nova, tous les jours à 7h30, Marie Misset vous conte une histoire, mais une histoire tout ce qu'il y a de plus vrai. Vous pouvez lire cette Histoire Vraie, ici, ou bien l'écouter, en podcast.

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Notre histoire commence en 1880 à Pittsburg aux États-Unis, par la colère formidable d’une jeune fille. Elizabeth Jane Cochran a 16 ans et elle vient de lire un article du Pittsburg Dispatch qui la fait sortir de ses gonds. Il est titré « What girls are good for » (« Ce pour quoi les filles sont faites »). Sans surprise : faire des enfants et le ménage. Elizabeth rédige aussitôt une lettre enflammée au journal et - coup de théâtre - le rédacteur en chef du Pittsbug Dispatch est épaté. Il lui confie immédiatement une rubrique dans son journal.

En 1886 déjà, à 22 ans, Elizabeth, devenue Nellie Bly, son nom de plume, part six mois au Mexique et en revient avec un livre qui lui permet de quitter Pittsbug et de tenter sa chance à NYC. Dans la grosse pomme, elle toque à toutes les portes. Toutes. Mais on ne veut pas de femmes journalistes. Pourtant elle ne se démonte pas. Tant et si bien que Joseph Pulitzer, magnat de la presse, lui propose un défi : si elle est capable de faire une enquête en immersion dans le Blackwell Island Hopital, un hôpital psychiatrique à sinistre réputation, alors il l’engagera.

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Un jeu d'enfant

Quinze jours plus tard, elle revient avec un article hallucinant sur les conditions de vie des femmes enfermées. Non seulement elle gagne énormément en crédibilité, mais son article a un impact décisif sur l’augmentation du budget alloué au asiles aux USA. Pourtant, le plus grand exploit de Nellie, ce n’est pas celui là, ce n’est pas non plus celui où elle s’infiltre dans la mafia new-yorkaise. Non, c’est son tour du monde en 72 jours. Elle veut battre Philéas Fogg, le héros de Jules Vernes et de son tour du monde en 80 jours. Mais aucun journal n’accepte. Après tout, elle reste une femme : elle ne sait pas voyager sans gros bagage et a besoin de protection.

Record

Nellie finit par trouver les sous. Le 14 novembre 1889, elle embarque à bord de l’Augusta Victoria. Et au bout de 72 jours, pendant lesquels elle passe pas Brindisi, Hong Kong et le Sri Lanka. Elle conclut son tour du monde. Les quatre derniers jours, elle traverse les États-Unis en train, de San Francisco à Jersey City. À toute les gares, des orchestres jouent, des journalistes l’interviewent, on l’acclame, on l’applaudit… Et à New York, quand elle arrive, on tire même des boulets de canon. Jules Vernes l’a rencontrée quand elle passait en France, surexcité à l’idée qu’une jeune femme « mince comme une allumette et d’une physionomie enfantine », comme il l’écrit lui-même, réalise ses rêves d’écrivain. Ses rêves à elle, elle n’eut besoin de personne pour les réaliser.

Visuel © Getty Images / Bettmann