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Le streaming a t-il modifié la façon de composer un hit ?

Le streaming a t-il modifié la façon de composer un hit ?

Moins de silence, moins de solo interminables, moins de ponts surprenants : le streaming a rendu les hits plus courts. Et peut-être plus formatés, aussi.

Par Sophie Marchand & Jean Morel

Chaque lundi, BAM BAM (le Bureau de Affaires Musicales de Nova) fait sa mise à jour. Et vous parle aujourd'hui streaming.

L’industrie musicale, ce n’est une nouveauté pour personne, est définitivement tournée vers l’ère du streaming. Et cette évolution, en plus d’avoir un impact sur la manière de consommer la musique au XXIe siècle, a également un impact sur la manière dont on l’a compose, cette musique. Pour le constater, il faut s’intéresser à la structure et à l’ossature des hits, parce que c’est là que l’on se rend le mieux compte de ce qui a changé.

La base ABABCB

Jusqu’aux années 2010, grossièrement, un tube est composé sur un modèle qu’on appelle le ABABCB - c’est-à-dire couplet / refrain / couplet / refrain / pont et refrain. Ou plus simplement, sur une alternance couplet / refrain / couplet / refrain. C’est par exemple ce qui rend efficace un morceau comme le « Girl » des Beatles, le quatuor de Liverpool étant notamment connu pour être le grand fondateur de cette structure, qui devait servir de base à beaucoup d’autres.

D'abord, environ, 75% des morceaux qui se vendent le mieux à travers le monde sont construits sur ce schéma. Il existe naturellement quelques hits hors formats, comme, exemple illustre, le « Bohemian Rhapsody » de Queen. Et puis, dans les années 2000, les plateformes de streaming prennent largement le contrôle, et prennent le pas, en terme de consommation musicale, sur les radios ou les chaînes de télévision qui diffusent alors une bonne partie de la journée les clips les plus populaires du moment. Plus généralement, notre rapport à la musique et à la culture, lui aussi, évolue.

Les tubes de plus en plus court ?

Le streaming, ça paie mal les artistes - et surtout ça ne rémunère pas au temps d’écoute. Alors, pourquoi faire un tube de 5 minutes si on touche la même chose avec un morceau de 1 minute 40 ? Surtout que si un morceau est court et efficace, l’auditeur va avoir envie de le rejouer. Et puis, nous sommes de plus en plus pressés, alors autant faire court et efficace.

De même, les hits sont de moins en moins construits sur l’alternance classique couplet / refrain, et se permettent même de commencer par le refrain. Une des faiseuses de hits des années 2010 s’appelle Niki Minaj - et c’est avec un refrain qu’elle ouvre, par exemple, son morceau « Anaconda ».

Évidemment, David Bowie, Bob Marley, Abba ou Queen ont des morceaux qui commencent par des refrains, mais là on parle d’une tendance généralisée. Et plus largement, le refrain arrive de plus en plus tôt dans les chansons, parce qu’il faut éviter que l’auditeur ne se déconcentre.

Ainsi, les chansons sont plus formatées, on s’autorise moins de silence, moins de solo interminables, moins de ponts surprenants. Il faut être efficace, accrocher rapidement l’oreille, faire danser, mais pas trop. Et grâce aux données collectées par le streaming, on sait exactement ce que le public veut et comment il le consomme.

Derrière les plus grands tubes de ces dernières années, on trouve des producteurs de l’ombre - notamment les fameux Dr. Luxe (« I Kissed a Girl » de Katy Perry, « Right Round » de Flo Rida, « Since U Been Gone » de Kelly Clarkson…) ou Max Martin (« Everybody » des Backstreet Boys, «…Baby One More Time » de Britney Spears, « Dangerous Woman » d’Ariana Grande…), qui produisent à la pelle des hits.

Derrière les nouveaux hits, de plus en plus de producteurs

Et plus que jamais, puisqu’il faut produire vite, les artistes s’entourent d’équipes et de collaborateurs, et certains morceaux sont signés par des dizaines de personnes : il y a celui qui écrit le refrain, celui qui compose le hook, celui qui travaille aux arrangements, etc.

Mais l’époque du streaming, on n’est pas obligé de la voir sous l’angle unique du formatage généralisé. On se souvient par exemple de Kanye West qui, au moment de la sortie de son album Life of Pablo en 2015, avait passé des semaines à changer l’ordre des morceaux, à ajouter de nouveaux tracks, à en changer certains. Même si Kanye est le seul a voir fonctionné ainsi, sa façon d’envisager le streaming était assez révolutionnaire : la musique, avec Tidal, Spotify, Apple Music, Deezer, Qobuz, pouvait se trouver bouleversée à chaque instant. Et se montrer, ainsi, complètement évolutive.

BAM BAM, c'est le Bureau des Affaires Musicales de Radio Nova, animé par Sophie Marchand et Jean Morel, du lundi au vendredi sur Nova.

Visuel : (c) Wikipedia / Creative Commons / Emma