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À la recherche du matriarcat ?

À la recherche du matriarcat ?

La chronique de Jean Rouzaud.

Par Jean Rouzaud

Les Éditions des Femmes sortent  la grosse étude mondiale (570 pages !) d’une spécialiste des sociétés matriarcales dans le monde : Heide Goettner-Abendroth, docteur en philosophie des sciences.

Ill. 8. Jeune Mélanesienne (c) Annette B. Weiner
Ill. 8. Jeune Mélanesienne (c) Annette B. Weiner

Cette enseignante de philosophie est devenue la spécialiste mondiale des sociétés matriarcales, en y consacrant sa vie, entrainant à sa suite bon nombre d’anthropologues, contre vents et marées…

Oubliez les clichés de sociétés idéales où les femmes seraient les chefs absolus, amazones ou guerrières, encore qu’elles aient existé… !!! On découvre, comme dans le célèbre livre de Claude Lévi-Strauss Tristes tropiques sur l’Amazonie, la complexité des sociétés autochtones, sur la parenté, les clans et tous les liens qui unissent les générations.

Ce livre nous situe aussi les grandes reines d’Afrique et d’Asie, fondatrices d’empires, et qui nous rappellent nos grandes reines d’Europe ! (et leur liste interminable).

Ce n’est pas une mince affaire d’organiser tribus ou clans, familles et groupes, dans des régions isolées ou le mode de subsistance et les relations doivent être accepté par tous !

Les groupes humains ont tous débuté par une sorte d’organisation matriarcale, puisque seules les mères étaient évidentes, la paternité étant plus floue, voire incomprise !

Chap 8. maison traditionnelle Minangkabau (c) cillie Rentmeister. version
Chap 8. maison traditionnelle Minangkabau (c) cillie Rentmeister. version
Chap. 9, Trobriand yams-house

Cette matrilinéarité de fait, ajoutée aux cultures et jardinages de proximité, donnait aux mères un ancrage direct et central dans le clan, les hommes pouvaient chasser et cueillir, selon les opportunités.

Il était logique que les mères soient le centre des clans par leur fonction même, pour le partage des tâches. Les rituels sacrés tournant autour des esprits des ancêtres qui venaient se réincarner par les naissances, accordaient aux femmes un grand pouvoir sur la lignée.

Sur la procréation, une idée poétique était que les esprits des ancêtres rapetissaient pour aller s’accrocher à une feuille ou brindille sur l’eau, attendant qu’une baigneuse passe à portée pour la féconder !!!

Cette « parthénogenèse » se passe aux îles Trobriand (nord-est de la Nouvelle-Guinée), longtemps considérées comme un paradis de liberté, de beauté et d’amour libre, où les femmes pratiquent la « polyandrie », soit avoir à ses côtés plusieurs hommes !!!

Mais plus important, le rituel des DONS, grand réseau de cadeaux, absolument distincts de tout commerce, reste une magnifique idée d’échanges, de connexions et de liens à multiples niveaux, afin de pouvoir s’entraider en cas d’expédition ou de grands travaux.

Il est stupéfiant de voir les points communs de ces peuples très anciens et leur attachement aux mères-chefs-chamanes, comme personnages de référence à l’unité des clans et tribus. Notamment la permissivité, qui permet aux femmes de changer de compagnon à leur guise, évitant ainsi conflits et jalousies dans des groupes fermés.

De l'Inde au Japon, de l'Amazonie à la Corée

Cette véritable encyclopédie décrit avec soin chaque groupe à dominante matriarcale : Inde, Népal, Tibet, Corée, Japon, Indonésie, Mélanésie, Pacifique, Amazonie, Amérique centrale, Amérique du nord et Afrique… Le monde entier est concerné !

Chaque tribu ou groupe y est défini, détaillé… Avec son passé, qui explique comment il a survécu, malgré les guerres, les exodes dus aux envahisseurs armés, colonisateurs et missionnaires impavides !

Ce livre du monde débroussaille aussi la forêt de croyances, le sacré, les esprits des ancêtres, et les rituels ou les chamanes (à l’origine féminins), la coexistence de chefs utiles et de Reines, issues de divinités féminines, elles-mêmes ancrées dans la cosmogonie de ces peuples de l’origine.

On est bouleversé à la lecture de ces équilibres, de la logique utilitaire, humaine et spirituelle, si loin des conquêtes guerrières que l’histoire  va multiplier partout : grands empires totalitaires, ne laissant à ces sociétés pacifiques et équilibrées, que quelques miettes de territoires ultra-isolés, souvent épargnés par leur inaccessibilité.

Les sociétés matriarcales. Recherches sur les cultures autochtones à travers le monde

Cet ouvrage, traduit de l’allemand, puis de l’anglais, se répand à juste titre, pour nous raconter une CONTRE-HISTOIRE, une contre-culture !

Cette vérité « Autre », oblitérée par l’histoire « évènementielle » des guerres et conquêtes, éclaircit notre vision : tous les peuples, continents et exodes des débuts de notre monde sont concernés.

L’indiscutable part féminine s’y révèle (comme elle n’a cessé de le faire partout dans l’histoire) à travers la vraie chair, et le vrai esprit humain.

Les sociétés matriarcales. Recherches sur les cultures autochtones à travers le monde. Par Heide Gottner- Abendroth. Éditions des Femmes-Antoinette Fouque. 600 pages. 25 euros. Avec cahier photos, bibliographie, glossaire, notes de lecture.

Chap. 7, Dancing Ainu women
Chap. 7, Dancing Ainu women

Visuel en Une © couverture du livre