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La pop maloya d'Alain Péters

La pop maloya d'Alain Péters

Nova Classics : « Panié su la tête ni chanté » d’Alain Péters.

Par Michael Liot

Cet été, Radio Nova revisite ses propres classiques : les raretés de tout bord qui rythment notre antenne, de la soul-funk au hip-hop en passant par les musiques afro-latines et la pop.  Aujourd'hui : Nova Classics : « Panié su la tête ni chanté » d’Alain Péters.

Artiste tourmenté au destin fugace, Alain Péters aura marqué au siècle dernier le renouveau de la pop réunionnaise. Fils d’un chauffeur de taxi de Saint-Denis, Alain fait dès ses treize ans la tournée des bals de La Réunion avec sa guitare. Alors que le séga (rythme traditionnel des Mascareignes) commence à battre de l’aile au début des années 70, la jeunesse de l’île se passionne pour la vague pop qui arrive d’Angleterre. Se forment alors les premiers groupes de rock locaux, reléguant les orchestres de variété au placard. Péters joue alors dans plusieurs formations (Les Lords, Pop Décadence, Satisfaction…), et fonde le groupe mythique Les Caméléons avec l’accordéoniste René Lacaille, autre figure majeure de la chanson réunionnaise. L’époque est alors à la redécouverte d’un patrimoine musical un temps délaissé : celui du maloya, ce blues créole né dans les plantations sucrières. Les Caméléons mêlent à ce style traditionnel des arrangements électriques nourris des Beatles ou de Jimi Hendrix.

Mais c’est au début des années 80 qu’Alain Péters trouve réellement sa voix. Atteint par la perte de son père et la séparation d’avec son épouse, Alain entame de longues années d’errance et d’alcoolisme qui imprègnent dès lors sa musique de mélancolie. Laissant de côté les formations à plusieurs, il enregistre en 1984 un 45 tours en solo : c’est Panié su la tête ni chanté, tendre hommage aux vendeurs de fleurs des rues — ces rues-mêmes qu’il passe la fin de sa vie à arpenter. En 1995, un soir de pleine lune, il succombe à une crise cardiaque. Il a quarante-trois ans. En tout, seule une vingtaine de chansons aura été distillée au fil des années, et ce n’est qu’après sa mort que la portée de son oeuvre sera véritablement comprise: aujourd’hui, il reste une influence majeure pour la nouvelle scène réunionnaise.

Visuel : (c) capture d'écran Youtube