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InFiné : « Notre activisme est avant tout culturel »

InFiné : « Notre activisme est avant tout culturel »

Le label français sort la compilation « Music Activists », qui fait le point sur son actualité et réaffirme une forme d’engagement.

Par Bastien Stisi

InFiné, c’est ce label fondé il y a dix ans par Alexandre Cazac, Yannick Matray et par Agoria (le dernier a quitté l’aventure entre-temps), et qui est à l’origine, ces dernières années, de quelques-unes des sorties les plus pertinentes du circuit indépendant français (de Rone à Bachar Mar-Khalifé, d’Aufgang à Francesco Tristano, d’Arandel à Pedro Soler & Gaspar Claus), un label habité par une obsession, assumée : celle de l’absolue nécessité du métissage culturel. En témoigne un vagabondage musical permanent - de l’electronica house à la musique classique, de la techno minimale au flamenco - au service, toujours, d’une même ligne directrice : celle qui mène à la profonde liberté de ton, de son, et d’image.

Aujourd’hui, et après un début d’année 2018 marquée par les sorties d’un nouveau Bruce Brubaker (en pleine « discussion » avec le compositeur Terry Riley), d’un nouvel EP de Labelle (post-maloya électronique), du premier album de La Fraîcheur (techno militante) ou encore de la première compilation du collectif Arabstazy (qui dresse l'état de « la scène contemporaine électronique arabe »), InFiné sort Music Activists, une compilation qui fait le point sur son actualité récente et qui réaffirme une très claire forme d’engagement. Avec Alexandre Cazac, parlons-en.

Cette compilation porte le nom de Music Activists. Pour quelle raison ?

Alexandre Cazac : C’est un sujet qui nous occupe depuis toujours et il a plus que jamais valeur à nos yeux. Préserver la diversité, susciter l’innovation, sont au coeur de nos « combats musicaux » quotidiens, mais nous sommes aussi une bande d’humains concernée par la planète qui nous entoure, conscient de la chance exceptionnelle que nous avons de vivre dans une démocratie, de ne pas risquer notre vie à chaque pas dans la rue et d’avoir de l’eau potable en tournant un robinet. Notre activisme est avant tout culturel, mais il embrasse le vivant dans son ensemble !

Aujourd’hui, pour la musique, essayer de faire de la place à l’inconnu est difficile. C’est un combat, un sacerdoce ! L’auditeur lambda préfère le confort de la répétition à la folie de la découverte. Les médias ferment doucement toutes les lucarnes de la surprise. Les algorithmes qui devaient nous aider à devenir des explorateurs sont des accélérateurs de rendement boursier.

Alors, quitte à être des Robins des bois, chérissons notre liberté, donnons la parole à ceux qui ne l’ont pas, soyons des activistes de ce monde qui craque et essayons, avec modestie, de contribuer à un peu de mieux !

InFiné se fait le garant d’un métissage culturel et musical certain depuis son lancement il y a dix ans. Est-ce cet activisme-là que vous évoquez avec ce titre ?

Alexandre Cazac : Nous sommes avant tout des amoureux de musiques, nous en écoutons tout le temps et de toutes sortes. Nous avons du coeur, une once d’inconscience et suffisamment de mémoire pour trouver des chemins peu connus qui mènent à des trésors. C’est pour cela qu’il n’y pas un seul genre de musique chez InFiné, mais plutôt une exigence de musicalité réalisée par des artistes de tout âge (de 22 à plus de 80 ans), de plus en plus de femmes, tous venant des quatre coins du monde. Toutes ces différences fondent notre richesse !

Ce n’est pas non plus un hasard si nous travaillons avec les artistes qui nous entourent ! Nous partageons tous certaines valeurs. Et eux savent exprimer les grondements parfois encore invisibles ou douloureux de notre monde. Ce sont eux les vrais activistes qui prennent des risques en s’exposant.

Comment s’est fait le choix des morceaux présents sur cette compile ?

Alexandre Cazac : Très simplement, un titre pour chacun des artistes sortis depuis quelques mois, pour une mise perspective de notre quotidien avant une pause bien méritée. Pourquoi de la musique classique ? Pourquoi du maloya ? Pourquoi de la techno ? Parce que rien de plus embêtant que de toujours écouter la même chose, libérez-vous, retrouvez le gout de l’exploration. Et puis ces différences qui se frottent nous permettent d’avancer vers l’avenir.

À ce titre nous sommes peut-être des enfants de l’esprit originel de Nova ?!! Bizot, tu en dis quoi ?

Music Activists #1, sortie chez InFiné et disponible sur Bandcamp.

TRACKLIST

1. Secret Of Elements - « Floater »
2. Bruce Brubaker - « J’aime La Biauté » (Arandel Remix)
3. Labelle - « Jaojoby »
4. Arabstazy: Deena Abdelwahed - « Arroubi » (Mettani Rework)
5. La Fraicheur - « The Movements » (Video Edit)
6. Rone - « Wave » (Video Edit)
7. Mischa Blanos - « Tozz »
8. Léonie Pernet - « African Melancholia »

Visuel : (c) Arthur Valentin