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Page 111, la séance de repêchage

Repêchons dans la joie – et le chocolat – 6 pages 111 qui auraient tout à fait pu remporter le prix du même nom.

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« Putain, y a un mouton. » C’était jeudi dernier sur Nova, en public et en direct dans la cale de la péniche Grande Fantaisie à Paris. En compagnie d’un équipage idéal de corsaires pataphysiques, dissertant sur l’apparition soudaine d’un mouton, les grincements d’un fauteuil roulant, l’indignation d’un plat de lasagnes. La 7e cérémonie de remise du Prix de la Page 111 qui, je le rappelle, a pour mission chevaleresque et chamanique d’examiner attentivement toutes les pages 111 de tous les romans écrits en langue française et publiés dans notre beau pays en cette rentrée littéraire, en considérant cette page 111 comme une œuvre d’art à part entière, du premier au dernier mot, du premier au dernier signe de ponctuation, comme si l’auteur n’avait rien écrit d’autre. En analysant cette page avec des techniques de pointe, en évaluant le style, le vocabulaire, la psychologie des personnages ou la qualité des dialogues.

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Jeudi, Sophie Divry fut applaudie beaucoup plus que trois fois pour la page 111 de son roman Trois fois la fin du monde, publié aux éditions Noir sur Blanc. Cette autrice lyonnaise, qui appelait en 2017 dans son essai Rouvrir le roman à la propagation d’un « esprit de non-sérieux » en littérature, a remporté, outre sa page agrandie et encadrée avec le plus grand soin, une dotation de 111 centimes en pièce de 1 centime, 111 bisous de la part des spectateurs et surtout 1 an de résidence dans cette émission ; ce qui signifie qu’elle pourra, quand bon lui semblera, venir vous parler des auteurs et des livres qui guident ou qui ont guidé, voire secoué de spasmes, sa vocation d’écrivain.

Cependant, pour 1 page 111 récompensée, combien de pages recalées ? Peut-on réellement s’en tenir là, confits dans la joie et la beauté de cet événement majeur au pays de l’absurde ? Ce serait oublier ces pages étranges, bancales ou violentes, qui n’ont pourtant pas retenues les faveurs du jury. Six pages qui seront lues et commentées ce soir, signées Wendy Delorme, Thierry Montoriol ou Abnousse Shalmani, évoquant aussi bien une lecture à voix haute « en crachant des postillons de sang sur l’assistance médusée », un bol de chocolat « comme une caresse nue » ou « des vaches laitières qui ne donnaient pas de lait mais de la peinture bleue qui servait à un manchot pour peindre le ciel avec sa bouche ». Ce qui s’appelle pratiquer l’art du repêchage. C’est l’heure de la séance de rattra/page.

le roi chocolat thierry montoriol

Avec, dans l’ordre :

- Page 111 de Le Corps est une chimère de Wendy Delorme (Au Diable Vauvert).

- Page 111 de La Métallo de Catherine École-Boivin (Albin Michel).

- Page 111 de Les Exilés meurent aussi d’Abnousse Shalmani (Grasset).

- Page 111 de Le Roi Chocolat de Thierry Montoriol (Gaïa).

- Page 111 de Fais de moi la colère de Vincent Villeminot (Les Escales).

- Page 111 de Le Guetteur de Christophe Bolstanski (Stock).

Une émission imaginée et animée par Richard Gaitet, réalisée par Juste Bruyat. Programmation musicale : Michael Liot.

Visuel (c) L'Eté de Kikujiro

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par Richard GAITET
Lundi-Jeudi 21H00-22H00

Fauve d’Or du meilleur album à Angoulême 2019, la dessinatrice américaine de « Moi ce que j’aime c’est les monstres » sort ses griffes au Louvre ainsi qu’au Forum des Images de Paris, invitée du festival parisien Bédérama. Bouh !

« Ne pas avoir peur de la douceur », avec Emil Ferris et Lorenzo Mattotti

Bouh ! Dialogue avec la dessinatrice américaine de « Moi ce que j’aime c’est les monstres » et le réalisateur italien de « La Fameuse invasion de la Sicile par les ours », invités prestige du festival Bédérama.

Jodorowsky : « Ni le pouvoir, ni l’argent, ni la célébrité » (2/2)

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Quête spirituelle au domicile du poète et réalisateur chilien de « La Montagne sacrée », de retour au cinéma avec un extraordinaire documentaire sur cet art qui guérit : la psychomagie.

Jodorowsky : « Ni le pouvoir, ni l’argent, ni la célébrité » (1/2)

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