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La pop, pays des génies démocratiques

De Leadbelly à Daft Punk, des Sex Pistols à Beyoncé, les contradictions et impuretés des musiques populaires enregistrées, racontées par la philosophe et musicienne Agnès Gayraud, alias La Féline.

Dialectique de la pop

« Come as you are, chantait ironiquement Kurt Cobain. Dans son acceptation de ce qui est pour ce qui est, sans fard, tel quel, la formule est peut-être le slogan le plus pop qu’on puisse imaginer », observe avec sagesse la philosophe et musicienne Agnès Gayraud, mieux connue sous le nom de La Féline, dans son essai balèze de 500 pages intitulé Dialectique de la pop, qui vient de paraître aux éditions de La Découverte en association avec La Philharmonie de Paris.

S’il suffit de venir comme on est, comment expliquer les productions sophistiquées de Daft Punk, Timbaland, Phil Spector, Giorgo Moroder ou Serge Gainbourg ? La pop – au sens large, c’est-à-dire les musiques populaires, au regard de leur succès et de leurs conditions d’enregistrement, du rock au flamenco, du blues au reggae, du rap à la variet’ – est-elle un art mineur, dénuée de la moindre profondeur, « les sucreries du capitalisme », du fait de ses conditions de fabrications industrielles, de son histoire complexe et de ses fans parfois débiles ? Un torrent de superficialité « insupportable », soumis à l’impératif du divertissement, comme s’en plaignait le fielleux musicologue allemand Theodor Adorno ? Juste « des pizzas et des contes de fées », comme persifla un jour John Lennon au nez de Paul McCartney ?

The Beatles - Revolver

Ou, au contraire, le lieu d’affirmation d’un certain « génie démocratique » capable d’offrir le meilleur au plus grand nombre ? L’exigence, mais qui reste accessible ? Celle visée par Mozart, qui écrivait en 1782 à propos de certains de ses concertos qu’ils sont « un heureux compromis entre facilité et complexité, très brillants, agréables à entendre, naturels sans être insipides. Il y a des passages dont seuls les connaisseurs tireront satisfaction, mais écrits d’une façon telle que les auditeurs moins chevronnés n’y manqueront pas d’y prendre du plaisir sans savoir vraiment pourquoi. » ?

C’est le propos général de ce soir, qui célébrera une heure durant, en compagnie d’Agnès Gayraud, les contradictions et et les impuretés d’une pop « ouverte aux quatre vents », à partir de morceaux choisis de son ouvrage, commentés par cette chanteuse et compositrice érudite « ayant grandi dans les années 80, pour qui Porque te vas de Jeanette, Marcia baïla des Rita Mitsouko et Don’t stop ‘til you get enough de Michael Jackson sont des tubes absolus ». Et il n’est pas tout à fait à exclure qu’une chansonnette soit fredonnée en fin d’émission, qui n’aura jamais autant mérité sa définition de juke-box littéraire.

Daft Punk
(c) Wikipedia / Creative Commons / Pat Loika

Une émission imaginée et animée par Richard Gaitet, réalisée par Sulivan Clabaut. Merci à Michael Liot pour sa guitare !

Visuel : (c) Aleguirk

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