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Lorsque le punk se faisait militant écolo

Lorsque le punk se faisait militant écolo

Ecofutur, ou le retour sur un militantisme oublié.

Par Jean Rouzaud

L’un des aspects du mouvement punk les plus mal connu est sans doute son courant militant. Les Éditions du Passager Clandestin sortent la somme historique, sur plus de 30 années, des combats post-punk dispersés sur la planète. Écopunk : 230 pages compilées par un sociologue Fabien Hein et l’un de leurs éditeurs, Dom Blake.

Dès 1984, une compile réunissait ces activistes politisés, soit pas moins de 55 groupes ! On se souvient de Crass, Dead Kennedys, Regan Youth, Conflict…Déjà, les plus conscientisés sur l’environnement retrouvaient un mode d’action qui pouvait rappeler les Hippies actifs de l’écologie et du Do It Yourself.

La nature, terrain d'action

Aux US, autour de l’ALF (Animal Liberation Front) les punks hardcores trouvent une cause forte et  évidente. Black Flag, Fear, The Germs, Bad Religion, Suicidal Tendencies, déjà en guerre contre le Show Biz et la récupération, vont trouver avec la nature un terrain d’action, une cause. 

Avec des groupes comme Minor Threat, les «  Straight Edge » s’en prennent même au tabac, à l’alcool, à la drogue…Puis les Vegan Straight Edge vont aller plus loin avec le militantisme en faveur des droits des animaux.

Ce sera entre autres le PETA (People for Ethical Treatment of Animals) à Los Angeles qui dénoncent, par des enquêtes et des reportages, les laboratoires utilisant des animaux. Des festivals, des stands, tracts, manifs, fanzines, concerts ne vont cesser de se multiplier, dès les années 80. 

Puis les années 90 vont voir se multiplier les groupes et les actions militantes tous azimuts, finalement soutenues par quelques stars du Rock comme Morrissey, McCartney, Joan Jett, Wu-Tang Clan, Public Enemy…

En Angleterre, l’ELF (Earth Liberation Front) appelle à la désobéissance civile et à l’action directe. Aux États-Unis, Earth Crisis, Earth First sont des groupes qui veulent se radicaliser.

Il y a aussi les anti-voitures anglais, comme dans la chanson des Buzzcocks « Fast cars ». Qu’ils se nomment Desperate Bicycles ou bien d’autres groupes, ils  annoncent «  No More Roads » comme les Écossais d’Oi Polloi. En 1996, ils se retrouvent à 8 000, sur une autoroute de Londres à défoncer le bitume !

Changements & espaces parallèles

Les slogans-groupes s’appellent « Stop The City » ou « Reclaim the Streets ». Aux Etats-Unis, les anti-voitures sont virulents, et vont se développer parallèlement. Le skate punk notamment, qui en plus de se professionnaliser, tente de récupérer la force physique, les espaces urbains et de « ré-enchanter le béton » (ajoutez à cela le fanzine et  les activistes autonomistes du Bike Punk).

C’est le style de vie qui est au fond visé : ceux qui veulent que les choses changent doivent créer des espaces parallèles, en espérant convaincre. À ce propos, les Ecopunks vont aussi s’en prendre au « Green Wash », à la Fausse écologie, le voile de verdure qui masque la réalité.

L’ELF (Earth Liberation Front) américain se mobilise sur la défense des réserves naturelles, des forêts, des séquoias. Début des « guerres du bois », contre les exploitations abusives aux USA. Les punks s’en prennent donc à tous les domaines : la permaculture, mais aussi la cuisine ou même, avec le mouvement « Reclaim the Fields », la réappropriation de terres cultivables, pour que des citoyens puissent lutter contre l’asphaltage et bloquer ainsi routes et béton.

Pour toutes ces causes, des centaines d’organisations militent, et ce livre est la somme détaillée de l’historique de ces mouvements. Loin de l’entertainement et des clichés, Ecopunk est la bible de tout ce qui s’est passé, quasiment jamais relayé par les médias officiels…

Écopunk, les Punks, de la cause animale à l’écologie radicale, par Fabien Hein et Dom Blake, Éditions Le Passager Clandestin, 215 pages, 12 euros

Visuel : © DR