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Google s’apprête à construire un quartier entier à Toronto

Google s’apprête à construire un quartier entier à Toronto

Un « quartier intelligent » qui devrait faire de Toronto une Silicon Valley canadienne.

Par Clémentine Spiler

Une filiale d’Alphabet (la maison-mère de Google), Sidewalk Labs, prévoit la construction d’un quartier intelligent, baptisé Quayside, au coeur de Toronto. Selon Radio-Canada, des « dizaines de milliers de personnes » pourront vivre et travailler dans ce quartier au design « intelligent » qui intégrera le numérique et les nouvelles technologies dans la vie quotidienne.

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Après avoir envisagé de monter ce projet dans de multiples villes en Amérique du Nord, en Europe de l’Ouest ou en Australie, Google annonce avoir choisi Toronto pour « sa diversité inégalée et son esprit d’ouverture ». La ville se bâtit doucement un futur de hub mondial, une plaque tournante de l’innovation numérique et technologique. Google vient de lui mettre le grappin dessus, devançant Amazon qui envisage d’en faire son siège canadien. Quayside est le résultat d’une collaboration entre le gouvernement canadien (Justin Trudeau a participé à l’annonce du projet le 24 octobre) et Google. Il tombe à pic dans ce processus.

C’est quoi un « quartier intelligent » ?

Les « smart cities » ont pour principe d’intégrer les nouvelles technologies au service de la vie en communauté dans les milieux urbains. Le but : créer des infrastructures « intelligentes », qui utilisent les nouvelles technologies pour créer des services personnalisés.

Dans les écoles, dans les hôpitaux, jusqu’à la collecte de déchets ou les transports en commun, on automatise les processus, on s’adapte au profil de chaque citoyen, on fait des économies d’énergie (et des économies tout court). Certaines innovations ont déjà fait leurs débuts dans l'espace urbain. À Barcelone par exemple, l’éclairage des rues s’adapte en fonction des cycles de la Lune, et de la luminosité qu'elle procure. D’autres concepts promettent une petite révolution, comme dans le domaine du tourisme. Par exemple, une ville intelligente pourrait proposer des assistants virtuels disponible dans toutes les langues, ou des parcours adaptés aux goûts et à l’agenda des voyageurs. Ce ne sont pas les avantages qui manquent.

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Et la collecte de données alors ?

Mais dans un quartier ultra-connecté, la question de la surveillance se pose. Sidewalk Labs a déjà pris soin d’aborder le sujet dans un communiqué de presse, qui occulte tout aspect négatif des choses. « Il n’y a rien de nouveau en ce qui concerne la collecte et l’utilisation des données, qui permet de prendre des décisions dans les environnements urbains, d’adapter les services publics aux résidents, de planifier la collecte des déchets et le trajet des bus scolaires. Ce qui est nouveau, c’est la possibilité de créer une “couverture digitale”, grâce à la technologie et aux données. » L'entreprise affirme que la protection des données sera une priorité à Quayside.

 

En 2014, dans le Guardian, Wim Elfrink, l’un des dirigeants de Cisco (un géant américain de l’informatique) expliquait que si le gouvernement ne donnait pas le choix à ses citoyens d’accepter ou de refuser la collecte de données dans les villes intelligentes, l’opinion publique finirait par se retourner contre ce type d’innovations. Au Royaume-Uni, certaines municipalités font désormais en sorte de rendre publiques les données collectées selon le principe de l’open data, pour encourager les initiatives citoyennes, comme le développement d'applications destinées à la vie en communauté. Reste à voir ce que la firme compte faire avec l'immense pouvoir que représentera le « big data » à l'échelle d'un quartier. 

Quayside sera sans aucun doute un terrain d'expérimentation sans précédent pour Google, qui lui permet de passer du virtuel au réel. Comme le note le Guardian, le rôle des autorités locales sera clé dans la prise de décision et la défense de l'intérêt de ses citoyens. Mais vu le peu de résistance que les gouvernements sont capables d'offrir face aux géants du web, le doute est légitime. Sous couvert d'innovation, il se pourrait aussi qu'un quartier entier - et ses habitants - vienne d'être vendu à un Google désormais maître des lieux.