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La révolte gronde en Ouganda contre une loi sur les réseaux sociaux

En Ouganda, la révolte gronde contre une loi sur les réseaux sociaux

Le gouvernement a voulu imposer une taxe à tous les internautes. Ça ne s’est pas bien passé.

Par Clémentine Spiler

Gaz lacrymogènes, arrestations, tirs en l’air à balles réelles…Kampala, la capitale de l’Ouganda, a vu ses rues s’enflammer mercredi 11 juillet, après la dispersion violente d’une manifestation par la police. Les Ougandais se soulèvent contre une loi passée par le président Yoweri Museveni, instaurant une taxe sur les réseaux sociaux. Chaque utilisateur doit, depuis le 1er juillet, payer 200 shillings ougandais quotidiennement (environ 5 centimes d’euro, soit 16 euros par an), pour pouvoir accéder à diverses plateformes dont Facebook, Twitter ou WhatsApp. Le site de rencontres Tinder est également concerné.

Pour le gouvernement, cette taxe permettra de limiter le « gossip », les rumeurs, sur ces réseaux.  Selon David Bahati, le ministre de l’Économie, les bénéfices serviront à payer pour « le développement économique du pays ». Pour la plupart des citoyens ougandais, en revanche, cette décision est une attaque directe et évidente à leur liberté d’expression.

Réactions

De nombreux Ougandais ont eu le réflexe de se mettre à utiliser des VPN (des réseaux privés virtuels), qui déguisent leur localisation et leur permettent de contourner cette nouvelle régulation. Mais d’autres ont choisi de vocaliser leur désaccord.

En tête de la manifestation de Kampala ce 11 juillet, on trouvait Bobi Wine, chanteur ougandais devenu parlementaire en 2017. Il s’exprimait face à la caméra d’Al Jazeera : « C’est une attaque personnelle sur les jeunes Ougandais. Les réseaux sociaux sont la dernière plate-forme sur laquelle nous pouvons nous exprimer, après avoir été opprimés pendant trente-deux ans [le nombre d’années de présidence de Yoweri Musuveni, ndlr]. Le Président est en colère car les jeunes ne le soutiennent pas et ils ne se gênent pas pour le lui dire sur les réseaux sociaux. »

Un point de vue soutenu par Amnesty International, et par la militante Rosebell Kagumire sur TV5Monde : « Les médias sont en grande partie privés. Et les personnes privées qui possèdent les médias sont liées au gouvernement. Donc il n’y a que quelques niches où vous pouvez vous exprimer librement. Sur certaines radios, mais aussi et surtout, sur internet, qui est un média de masse. » Pour ne rien arranger, le gouvernement ougandais a également imposé des frais (1%) sur les transactions faites par le biais d’applications mobiles, biais par lequel cette taxe devra être payée.

Comme le relate CNN, une procédure judiciaire, initiée par une entreprise de tech ougandaise invoquant la neutralité du net, est également en cours contre le gouvernement. Le Premier ministre a annoncé après la manifestation que le texte allait être réexaminé au Parlement. En attendant, les Ougandais on fait le choix de l’humour sur Twitter.

Visuel (c) : Twitter