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Wave

De quoi la New Wave est-elle le nom ?

La chronique de Jean Rouzaud.

Par Jean Rouzaud

La période Post-punk, Cold wave (environ 1978-1986), finalement restée comme « New Wave », fut largement décriée comme fourre-tout : showbiz et show off inauthentiques, à force de déguisement mode, clips, synthés et boîtes programmées…

Underground, feux d'artifice, showbiz

Standing on a beach de Sylvain Fanet

Mais il faudrait se rappeler que les bonnes fées penchées sur le berceau du monstre à naitre s’appelaient : Disco, Punk, Rock, Funk, Electro-Techno, Reggae ET Rap… avec des oncles Jazzy et des tantes Latinos !

Avec une telle généalogie, les idées ne pouvaient QUE partir dans tous les sens : boostée par les clips et le sampling, qui pouvait arrêter une telle locomotive, tirant des wagons chargés de foules excitées, se rendant à un « spring break » sans limites ?

Et ce fut le feu d’artifice : table rase avec Punk, folie de Dance, mais aussi de références, chacun agitant son drapeau : Bowie, Kraftwerk, Vega, James Brown, Pistols, Marley, Ramones, etc.

Des noms en forme de citations

Et les références, les citations furent légions : Enola Gay, Cocteau Twins, Spandau Ballet, Blitz,  Duran Duran, Joy Division, Durutti Column, Cabaret Voltaire, Eyeless in Gaza, Depeche Mode, New Order, Marquis de Sade… Tous ces noms  bizarres viennent d’autre chose : roman, guerre, histoire, héros, culture ou désastre !

Chacun revendique son jardin secret, sa révolte ou sa passion.

Et c’est avec cette valise de mots, d’idées, de genres et de styles que déferlèrent des groupes étranges, certains en costards rétros, d’autres en hussards, d’autres post glam, d’autres punks futuristes, et des ribambelles de minets et minettes maquillés, teints, percés, tatoués, déguisés de mélanges (« Culture club » en rabin-rasta- drag-queen !)

Pas de quoi s’énerver : le DIY (Do It Yourself) était bien là, et les musiques bricolées en patchwork flashy ont quand même lâché quelques perles et des moments de grâce, mais qui a dit que le superficiel ne pouvait jamais atteindre à une certaine vérité, faute de profondeur ?

D’ailleurs les années 2000 ont eu leur revival New Wave, et je ne crois pas que ce soit jamais fini, car dans ce coffre à jouets des années 80, il y a de sacrées idées et un enthousiasme communicatif.

Réécoutez Buzzcocks, Eurythmics, Young Marble Giants, D.A.F., Jacno, P.I.L., XTC, Soft Cell, Bow Wow Wow,  Dexy’s Midnight Runner, Modern Lovers… au hasard, et vous aurez quelques étincelles surgissantes.

Eurythmics, "Revenge"
The B-52's, "The B-52's"
Orchestral Manœuvres in the Dark, "Orchestral Manœuvres in the Dark"
Marquis de Sade, "Dantzig twist"
Devo, "Freedom of choice"

Le livre de Sylvain Fanet (éditions Le Mot et Le Reste), bien nommé Standing on a beach, nous offre une très belle intro de 30 pages qui dit très bien cette ambiguïté de la New Wave et ensuite la description de 100 groupes (et albums) des grands noms de cette époque…

Les noms des groupes eux-mêmes sont si absurdes que, mis bout à bout, ils feraient un excellent poème dadaïste, ou un cadavre exquis surréaliste…( justement, deux références de la New Wave !)

Il n’y a aucun mal à partir de quelque chose, d’une base inspiratrice, surtout si cette base est un genre culturel (Existentialisme, Situationnisme, Lettrisme, Surréalisme, Romantisme…)

La New Wave a exhumé (pour le meilleur et pour le pire) bien des oripeaux culturels, afin d’en faire son costume d’un soir ou d’un an (dans le groupe Bazooka, nous flirtions avec le LSD, le Punk, et un doigt de constructivisme, comme le fit Kraftwerk sur Man Machine…)

Quand aux sons, aux rythmes et mélanges, ils sont si fous et nombreux, ils regroupent tant d’univers musicaux (Dub, Hard, Electro, Dance, Soul, Scratch, Funky,  Punk, Minimal, orchestral, opératique, tribal, Jazz  et Latin…*) qu’il me faudrait un livre…

Et justement, le voilà.

Standing on a beach de Sylvain Fanet. Éditions Le Mot et le Reste. 240 pages avec images de 100 pochettes en noir et blanc). 23 euros. Voir aussi le gros livre New Wave paru chez Nova Éditions (avec Panama). Près de 300 pages et plus de 1500 images que Jean-François Bizot m’a permis de faire avec Mariel Primois à la maquette new wavisante, et les milliers de documents Actuel et Nova

*Si vous écoutez les bons tubes dansant (y compris New Wave), vous décèlerez souvent un fond de rythme Salsa, Rumba, Mambo, Ska, Reggae, Merengué (très rapide), Samba, R&B, Funk etc.

Visuel en Une © Getty Images / Xavier DESMIER