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Dans les 70’s, des Black Panthers latinos

Dans les 70’s, des Black Panthers latinos

Young Lords, portoricains révolutionnaires.

Par Jean Rouzaud

Dans la tempête des 60’s américaines, le Jeu des 7 familles dénombre Beatniks, Hippies, Panthers, Pigs, Féministes, Gays, Psychés, Hell’s etc. Mais on oublie généralement les immigrés latinos…

Le Mépris

Denise Oliver
Denise Oliver

À la fin des années 60, les Portoricains (et autres Latinos, Cubains etc.) sont le groupe ethnique le plus méprisé, vivant dans des zones abandonnées des pouvoirs publics, dans des immeubles insalubres. À New York, dans East Harlem et South Bronx, les poubelles pourrissent dans les rues, et les peintures au plomb des cages d’escaliers provoquent le saturnisme (empoisonnement par le plomb) chez des enfants. On vit dans la misère.

La police laisse le deal partout dans les rues, quand elle n ‘en profite pas, et le nombre de junkies et de délinquants est énorme. Poussés par les Black Panthers et les « Young Lords » de Chicago, les jeunes portoricains descendent dans les rues avec bérets violets, treillis et balais ! Ce premier pas sur New York lance le mouvement.

De 1969 à 1976, l’épopée des Young Lords de New York va provoquer un vrai mouvement sur toute la côte est, et créer une prise de conscience chez ces populations abandonnées. Tout est à faire : santé, éducation, organisation, et des comités de lutte pour toutes les tâches militantes.

Comme les Black Panthers, d’abord les enfants : cantines, vêtements, soins… mais très vite, les besoins se multiplient, il faut aussi éduquer les militants, les gens isolés, créer un journal de liaison, trouver de l’argent.

Free Health Care for our people
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Porto Rico : la possibilité d’une île

Dans leur épopée particulière, les immigrés portoricains ont aussi un souci majeur : leur île, Porto Rico, qui veut retrouver son identité, son indépendance, et aussi ses enfants dispersés.

Ils vont supporter la répression du pouvoir, de la police et des anti révolutionnaires, le COINTELPRO, sorte de contre espionnage infiltré, qui aura raison des Panthers et des Lords !

Ils doivent aussi régler des problèmes de traditions internes : l’homme machiste, la femme au foyer écrasée, et les homosexuels pourchassés au sein de leur propre communauté !

West Side Story ? Conte pour enfants !

Les Young Lords de New York vont donc subir tout le parcours du combattant, y compris la tentative de retour à Porto Rico, mais les militants harassés vont comme toujours dans les révoltes radicales, se diviser et se battre entre eux, trahis par les espions et les luttes intestines !

Malgré leur descente aux enfers, les erreurs stratégiques, et l’éclatement des groupes, les femmes ont participé activement, les mentalités ont  énormément évolué, et le sexisme a reculé, ce pan de l’imaginaire politique latino a changé la donne.

Pan méconnu des luttes des années 60, malgré les violences, meurtres, arrestations… Ce parti minoritaire a tout subi jusqu’à l’échec, mais secoué les archaïsmes. L’augmentation massive des Sud-Américains aux États-Unis a fait le reste : culture, musique, style et attitude.

Les Éditions de L’Échappée éditent l’enquête de Claire Richard qui a rencontré tous les acteurs blessés de cette révolte trépidante, renvoyant la vision des gangs de West Side Story aux contes pour enfants. Une remise en cause ultra-dure, mais salutaire.

Young Lords. Histoire des Black Panthers Latinos (1969-1976). Éditions de L’échappée. 256 pages (avec documents), 19 euros.

 Young Lords. Histoire des Black Panthers Latinos

Visuel : (c) Éditions L'échappée