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« Chase the Devil » de Lee Scratch Perry feat Max Romeo

« Chase the Devil » de Lee « Scratch » Perry feat Max Romeo

« Je vais mettre mon armure et chasser le diable de la terre, je vais l’envoyer dans l’espace à la recherche d’une autre race ».

Par La rédac

Toutes les semaines, on revient, dans Néo Géo, sur un classique de la sono mondiale. C'est le Classico de Néo Géo.

En 1992, depuis la région de l’Essex, le groupe The Prodigy sort Experience, le premier album d’un groupe qui ne tardera pas à incarner, avec d’autres - The Chemical Brothers, Fatboy Slim etc. - ce que l’on nommera le « big beat ». Sur Experience, on trouve notamment le morceau « Out of Space », remarquable, notamment, parce qu’y est utilisé un sample de « Chase the Devil », un morceau produit par le célèbre producteur jamaïcain Lee « Scratch » Perry et sorti seize années plus tôt. Ce morceau, c’est le Classico de Néo Géo de la semaine, raconté par notre chroniqueur Judah Roger. Un Classico qui chasse le Diable et les mauvaises vibrations. Montez le son et allumez l’encens !

Lee, aka « Scratch » (« gratter » en Anglais, c’est-à-dire « celui qui dérange »), est un piètre chanteur mais un producteur de génie, de folie même pour certains. Il confie donc le soin de pousser la chansonnette à Max Romeo sur ce texte apocalyptique : « I'm gonna put on a iron shirt, and chase the devil out of earth / I'm gonna send him to outa space, to find another race » (« Je vais mettre mon armure et chasser le diable de la terre, je vais l’envoyer dans l’espace à la recherche d’une autre race »). Sorti en 1976 par Perry sur le label Island Records et interprété par son band maison les Upsetters, c’est Max Romeo qui enregistre la partie vocale au fameux studio Black Ark, studio auquel Lee Scratch finira par mettre le feu dans un accès de folie ou pour éviter de tremper dans des magouilles politiciennes : 36 ans plus tard, le mystère reste entier.

Ce producteur jamaïcain né en 1936 est bien connu pour son excentricité qui n’a d’égal que son génie créatif. On lui doit d’ailleurs la meilleure période discographique de Bob Marley & the Wailers ou encore l’album mythique des Congos (Heart of The Congos, 1977), parmi tant d’autres. On peut sans nul doute lui créditer l’invention du remix ou l’addition de bruits d’animaux sur des morceaux.

Au milieu des années 70, le producteur est au sommet de son art, et s'affaire dans son studio à peaufiner ce nouveau style qui fait fureur dans le reggae : le dub ! Parfaite bande-son pour sa folie et ses mondes imaginaires, il en sortira plusieurs albums sous son propre nom.

Il n’en délaisse pas pour autant les chansons classiques pour lesquelles, quand il ne se colle pas lui-même derrière le micro (d’ailleurs il marmonne plus qu’il ne chante) il façonne un écrin pour les voix les plus veloutées de la Jamaïque.

Petite taille mais immense talent, il n’a pas son pareil pour dénicher les perles rares. Cette fois-ci, son flair fait appel à Max Romeo, jeune rasta d’une trentaine d'années dont le succès peine à décoller. Ils enregistreront ensemble ce « Chase the Devil » qui deviendra un manifeste rastafarien mondial et propulsera Max et l’album War Ina Babylon ,dont est tiré ce single, au panthéon des disques classiques de reggae roots. On peut dire qu’il a eu du nez puisque ce morceau devient un hit toujours joué par de nombreux DJ. Il a traversé les âges et les styles de musique et inspirés de nombreux musiciens.

En 1992, c’est donc le groupe électro-punk anglais The Prodigy qui le sample pour son track « Out of Space », puis Kanye West pour « Lucifer » de Jay-Z en 2003, Madness dans leur album de reprise de 2005 puis le cinéma et les jeux videos s’en empare avec respectivement le film Paul et le jeu à succès GTA.

Pendant tout ce temps, Lee « Scratch » Perry a fui la Jamaïque et ses complications, et est parti chasser le devil vers d’autres espaces. Il a d’abord passé un temps certain en Angleterre où il n’a jamais réussi à renouer avec son talent de jadis. Cela ne l’empêche aucunement de collaborer tous azimuts de manière prolixe. Il a aujourd’hui trouvé la paix de l’âme en Suisse aux côtés d’une ancienne prêtresse sado maso allemande qui lui a donné deux beaux enfants. Toujours activement respecté il continue de sortir des productions de qualités variées et variables et fout toujours le feu à son studio.

Lee Perry sera en concert le 6 avril dans le cadre de la soirée Reggae United Paris au Eiffel les Docks de Paris à Aubervilliers avec à l’affiche aussi Cedric « Congos » Myton ; Queen Omega ; Twinkle Brothers; King Shiloh; Izyah Davis, Romeo K aka Romeo Kousin. Le 19 avril, concert de Max Romeo et The Charnax Band à la Clef à Saint-Germain en Laye.

Un article issu de la chronique de Judah Roger dans le Néo Géo du dimanche 31 mars.

(c) Judah Roger
(c) Judah Roger

Visuel (c) Lee « Scratch » Perry